1850 – Bonnet / Pailleret : La vie au dépôt de mendicité de Victoire Virginie – 3/3

Dans ce troisième volet, j’essaye de retracer le parcours de Victoire Virginie Pailleret dans les dernières années de sa vie. Femme de Louis Victor Bonnet qui a disparu en 1861, elle semble avoir sombré dans la démence vers les années 1867

La loi au début du XIXème siècle

L’article 274 du Code pénal : « Toute personne qui aura été trouvée mendiant dans un lieu pour lequel il existera un établissement public organisé afin d’obvier à la mendicité, sera punie de trois à six mois d’emprisonnement et sera, après l’expiration de sa peine, conduite au dépôt de mendicité.

Les diverses dates

  • Le 13 février 1868, l’acte de Notoriété situe Victoire à l’asile d’aliénés de Saint Denis.
  • Le 24 avril 1868, l’acte de mariage du fils situe Victoire au dépôt de mendicité de Villers-Cotterêts
  • Le 17 Août 1869, l’acte de décès de Victoire Virginie la situe 3 rue du Château à Villers-Cotterêts.

La lecture de ces données donne une idée plus précise de l’itinéraire de Victoire Virginie Pailleret après la disparition de son mari.

L’histoire de Victoire Virginie Pailleret

Victoire aura du être trouvée mendiante à Puteaux ou ses environs au cours du dernier trimestre 1867. Arrêtée, probablement en état de démence, elle sera conduite dans l’asile d’aliénés de Saint Denis, ou elle restera plusieurs mois. Entre le 13 février et 24 Avril 1868, elle sera transférée dans le dépôt de mendicité de Villers-Cotterêts situé dans l’Aisne et distant de 70 km.


Dépot 750Panorama du dépôt de mendicité millieu du XIXe siècle
(source Centre d’action sociale de la ville de Paris)

  1. Le mur d’enfermement
  2. Les écuries transformées en ateliers de travail
  3. La buanderie
  4. La salle du jeu de paume, transformée en chapelle et dortoir

Le dépôt de mendicité de Villers-Cotterêts est installé dans le château que François 1er fit construire en 1532 et qui fut rénové pour l’occasion. A son arrivée, on lui donne son uniforme : jupons de treillis et bas de laine avec cornette de chanvre. Elle trouve dans ce dépôt environ 1000 mendiants triés selon leur sexe, classe d’âge, infirmités, et capacités à travailler. On lui attribut un lit correspondant à cette organisation.

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Un dortoir du dépôt de mendicité (source 3)

Les repas sont constitués d’un régime maigre pour les jours de la semaine, et gras pour les jeudis et dimanches. Au château, On vie au rythme du soleil. on se lève à 4h30 en été et 6h30 en hiver et on se couche à respectivement à 20h30 et à 18h30.

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Les Lavabos du dépôt (source 3)

Elle sera occupée par des travaux industriel (d’autres dépôts pouvant proposer des travaux agricoles) Si elle refuse de travailler, elle ne recevra de la maison que l’eau, le pain et le coucher, et sera placée dans la salle de discipline. La vie est minutieusement réglée : elle doit se soumettre à une discipline de vie sévère. Rythmé par le son des cloches en bronze installées dans la cour, le déroulement des journées est strictement encadré, tourné vers le travail en atelier (bûcher, boulangerie, lingerie, jardinage, épluchage des denrées…). Son salaire lui sera versé toutes les quinzaines et l’administration en retiendra la moitié pour payer les frais de nourriture et d’entretien, un quart placé de côté pour constituer un pécule, et le quart restant lui sera remis comme argent de poche. En trois mois, elle pourra gagner 8,00 Frs. Un homme, lui, peut gagner 36,00 Frs. Elle pourra cumuler son pécule et le dépenser à l’occasion d’une sortie hebdomadaire. En théorie, elle sera retenue dans cette maison, jusqu’à ce qu’elle se soit rendue habile à gagner sa vie par le travail et au moins pendant une année.

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Le dépôt de mendicité de Villers-Cotterêts (source 3)

Les conditions de vie sont dures au dépôt. Seules les salles communes et l’infirmerie bénéficient du chauffage. La nourriture est pauvre : des épidémies de scorbut déciment les pensionnaires et même des religieuses. De 1808 à 1877, pour 20 300 entrées, les archives révèlent que 10 800 Parisiens sont morts à Villers-Cotterêts. Par souci d’économie, l’administration prélève le coût du cercueil sur le pécule du reclus. Un an plus tard, Victoire décédera alors qu’elle est encore au dépôt. L’adresse de l’acte de décès, 3 rue du Château, correspond bien à la situation du château François 1er.

Pailleret Victoire -750

Acte de décès de Victoire Virginie PaillereT
(notez les erreurs dans les noms et prénoms)

Un peu d’histoire

La mendicité est un problème très ancien et largement décrit dans les ouvrages historiques. Prenons juste quelques exemples de textes ou lois en vigueur à différentes époques :

Dans l’Egypte ancienne, Anasis prononça la peine de mort contre les Egyptiens convaincus de fainéantise habituelle. Peine de mort que l’on retrouve également en Angleterre sous le règne de Henri VIII.

En France, Charlemagne fera une distinction entre les mendiants valides et invalides. Un capitulaire (acte législatif) en 806 interdisait de nourrir tout valide qui refusait de travailler.

Le 27 août 1612, Louis XIII prescrivit la création de quelques maisons de travail où les mendiants valides seraient enfermés et astreints à un travail de douze à treize heures par jour.

Ainsi, de Charlemagne à Louis XIV, on voit l’autorité publique s’efforcer de localiser le mal, soit en confinant le mendiant au lieu de son domicile, soit en le renfermant dans les hospices ou les ateliers.

La Révolution ne se contenta pas de mesures isolées et elle organisa l’Assistance publique, considérée comme un devoir social. Mais pour les valides, le corrélatif du droit à l’Assistance, c’est le devoir de travailler.

Après la révolution, l’Assemblée législative pose une théorie fondamentale sur la mendicité. Avant de réprimer la mendicité comme un délit, il faut offrir :

  1. au mendiant valide le travail comme un secours.
  2. au mendiant invalide la subsistance.

Cette théorie reçut une application pratique par la création des dépôts de mendicité.

Cette législation reposait sur une double base :

  1. la création de refuge portant le nom de “dépôt de mendicité” pour ceux qui peuvent pas trouver eux mêmes de moyens d’existence.
  2. l’interdiction de la mendicité sur tout le territoire français.

Le département de la Seine établit à Saint Denis et à Villers-Cotterêts deux dépôts de mendicité. En 1833, la France compte une population de 32 835 000 personnes, les indigents assistés étant 695 032.

Jean-Claude ROMON

Arbre de Victoire Virgine Pailleret :

Sources diverses :

  1. Thèse sur la répression de la mendicité par René Ducuron Tucot – Année 1899 – (Gallica – Bibliothèque nationale)
  2. Histoire de la mendicité par Léon Lallemand – Année 1910 -(Gallica – Bibliothèque nationale)
  3. Rapport au conseil supérieur de l’assistance publique sur les dépôts de mendicité (Année 1889 – Charles Dupuy – Député)
  4. Les photos proviennent du fonds iconographique Y des Archives de la Préfecture de Police de Paris, carton V.
  5. Blog : https://chateaufrancoispremier.wordpress.com

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