Guerre 14-18 : Plan du cimetière Militaire de La Neuvillette – Reims

Guerre 14-18

Plan du cimetière Militaire de la Neuvillette (arrondissement de Reims) où repose mon arrière Grand-père Louis Edmond Bonnet, Mort pour la France.

 

Vous trouverez son histoire sur mon post de février 2015

Document en haute résolution : Double cliquez sur l’image pour lire les détails

 

Jean-Claude

Copyright – Août 2017 –
Reproduction des textes et des photos interdites sans l’autorisation de l’auteur

Note : merci à ma cousine, Marie Christine, pour m’avoir envoyé le document et m’avoir permit de l’assembler et de le publier.


 

Lignée des Bonnet : La vie de nos ancêtres à Chatenay sur Seine. (77)

Note personnelle : Une pensée pour ma cousine Françoise.

Introduction

Ma nouvelle recherche a démarré en juillet dernier et parmi les ancêtres qui avaient leurs anniversaires ce mois là, J’ai sélectionné Marie-Anne Roux, née le 7 juillet 1762. Elle se trouve dans la lignée de Gaston Bonnet, un de mes grands-pères, et plus particulièrement celle d’Estelle Robillard, la grand-mère paternelle de ce dernier. Marie-Anne se situe, plus loin dans l’arbre généalogique, à 3 générations d’Estelle.

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Fait peu commun, la majorité des ancêtres d’Estelle Robillard sont originaire de Châtenay sur Seine (Seine et Marne). Le couple le plus ancien de ma généalogie est Nicolas Taveau & Jehanne Desplats qui seraient nés vers 1590. A ce jour*, je comptabilise sur Châtenay, 99 naissances et 34 mariages. Au 17ème siècle, on ne compte pas moins de 13 familles sur un total d’environ 500 habitants. Cela représente une part importante de la population de ce village, on peut donc facilement penser que certaines familles étaient là depuis très longtemps.

Cette localité est donc un des berceaux de la famille. Proche de la capitale, elle est située à environ 70 km au sud-est de Paris.  Nos ancêtres (ceux identifiés dans ma généalogie) ont migré tardivement (vers l’année 1865), en direction de la capitale. Ils ne ressentaient donc pas  le besoin de partir. Mais dans quelles conditions vivaient-ils?  Leur histoire étant étroitement liée à celle de Châtenay sur Seine, une recherche sur ce village devrait nous apprendre plus sur leur vie et leur histoire.

*Beaucoup de branches de cette lignée n’ont pas encore fait l’objet de recherche sur le 17ème siècle. Le nombre d’ancêtres né à Châtenay devrait être beaucoup plus important.

Historique

Ozouf, Leterrier, Images d'histoire CE1 1954_0006_Vercing_torix, Gaulois

Village Gaulois

Avant notre ère Chatenay, ancien nom de Châtenay sur Seine, doit son nom à une forêt de châtaigniers. Le village date d’environ 150 ans av JC. A cette époque, il se trouve sur le territoire des Cenons, un peuple gaulois et se situe à environ 30 km d’Agendicum (Sens), capitale de la région. L’origine des Cenons est incertaine. Certains spécialistes les font venir de Bavière d’autres du nord de l’Europe (Danemark, rives de la Baltique, etc.) Tous s’accordent sur le fait que ce peuple recherchait un climat moins rude et que, vers le 5ème siècle av JC,  les guerriers ont rapidement été suivis par des familles entières et leurs troupeaux.
Certains d’entre eux sont allés en Italie combattre les romains et sont à l’origine de la prise de Rome vers 390 av JC. D’autres se sont sédentarisés sur un territoire qui est aujourd’hui la Seine et Marne et l’Yonne. Ils constituèrent avec les autochtones l’une des tribus de la Gaule. En 53 avant notre ère,  pendant la guerre des Gaules, les Sénons, soutenus par d’autres tribus gauloises se sont soulevés contre César. Celui-ci prévenu à temps, arriva avec ses légions. Les Sénons rendirent les armes mais Chatenay eut à souffrir des cruautés que César fit exercer sur ses habitants. Après la conquête, César installa plusieurs légions qui construisirent un fort** pour défendre la route de chantemerle. (Une route qui reliait Paris aux forts de l’est)
** A l’époque féodale une importante seigneurie fit édifier un château à la place de ce fort.

L’école du 17ème au 19ème siècle

Avant le 17ème siècle les habitants ne recevaient aucune instruction. Quelques privilégiés prenaient des leçons auprès du curé de la paroisse, ce dernier jouissant, comme tous les ecclésiastiques, d’une bonne instruction. Le reste de la population était illettré. Nos ancêtres, Nicolas TAVEAU et son épouse Jehanne DESPLATS ainsi que Jacques BONODET & Jeanne MIGNOY , né  dans les années 1590 n’ont certainement jamais connu l’école.
Après les ordonnances de 1560, l’archevêché de Sens proposa, aux habitants des villages voisins qui le souhaitaient, une instruction. Cela produisit rapidement un nombre important de maîtres d’école et les premières écoles furent créés. Celle de Châtenay fut ouverte en 1610.

Une école primaire : Celle de Château Chalon (Jura) au début du XXème siècle.

Les habitants s’engagèrent à rétribuer le maître d’école pour donner une instruction aux enfants. Les premières rétributions se sont fait avec l’abandon de la jouissance d’une partie de leurs biens communaux ainsi que de quelques boisseaux de grain. La place de maître d’école se donnait via un concours. Les prétendants se présentaient et celui qui chantait le mieux était admis.
L’école comportait une vaste salle. Elle était sombre, nue et mal aérée. Elle était seulement meublée d’une estrade avec le bureau du maître d’école et pour les élèves, des tables très grossières. Les enfants comme Jean-François TAVEAU, Marie BONODET, Etienne OBERT, Jeanne DESPLATS reçurent sans doute un enseignement  rudimentaire : Instruction religieuse, lecture, écriture, et calcul avec les 4 opérations fondamentales. Les élèves possédant convenablement les trois dernières matières étaient considérées comme savants.

 

Nomination d’un maître d’école par le village

Le 16 juillet 1809, le maire et le conseil municipal de Châtenay se réunit pour nommer un instituteur. Cela entraînera la rédaction d’un acte dont je vous livre ci-dessous l’exacte transcription, c’est à dire sans aucune correction.

Aujourd’huy seize juillet mil huis cent neuf; trois heures de relevées Nous, Maire, Membres du conseil municipal et habitans de la commune de Châtenay assemblée au lieu ordinaire des scéances, convoquées au son de la cloche en la manière ordinaire, à l’effet de nommer un instituteur pour la dite commune ; Le sieur Simon Bernard instituteur dans la commune de Melz.sur.Seine, s’étant présenté pour être institeur pour ladite commune de Châtenay, Nous Maires, Membres et habitans susdits avons trouvé le sieur Simon Bernard reunissent la  capacité et les talans requis pour instruire la jeunesse et leur montrer les premiers élémens de la lecture de l’ecriture et du calcul ; nous susdits Maires Membres et habitans somme concenu avec ledit sieur Benard pour etre instituteur de la commune de luy payer annuellement la somme de deux cents francs ; Pour son traitement cette somme luy sera payé par le percepteur et receveur des revenus des biens de la commune : il luy sera payé ensus du traitement cy dessus par chaque enfant qui écrirons, cinquante centimes par mois qui assiterons à son école, quarante centimes pour ceux qui lirons dans l’écriture et trente centimes pour ceux qui appelleront;il luy sera fourny le logement en la maison commune ; nous lui accorderons les mois de juillet aout pour faire moison ;ledit sieur sera tenu de chanter et assister à tous les offices qui se celebrant a l’eglise ; d’aider à Mr le Ministre du culte dans toutes ses fonctions de remonter l’hormage, de sonnaire midy tous les jours, sans que le dit sieur Bernard puis demander pour pour ces dites charges de plus de plus le traitement qui luy est accordé cy dessus. Ledit sieur présent après que lecture luy a été faite du présent acte, a accepté toutes les clauses et conditions portés au present, de remplir ses fonctions avec exactitude et a signé avec nous.

 

Mais pour la petite histoire, Simon Bernard n’a été maître d’école que jusqu’au 10 octobre suivant

Le métier d’agriculteur au 19ème siècle

Le  1er octobre 1832, la nouvelle école ouvre ses portes. Elle est située dans le bâtiment de la mairie et comprend deux salles, une pour les garçons et une pour les filles  ainsi que le logement de l’instituteur. Mais Châtenay ne dispose d’aucune aide, gratuité des fournitures, Caisse des écoles ou Caisse d’épargne scolaire qui ont été institués dans le but d’aider parents et enfants. De ce fait les familles font passer leurs intérêts personnels avant l’instruction. Les enfants s’absentent de l’école de mai à novembre pour aider les parents dont la majorité travaille dans les champs.
Les terres qui sont situées au sud du village, entre les deux Seines sont très humides, Elle sont très souvent submergées par les inondations de la Seine, vers le mois de mai. Les pertes pour les agriculteurs sont  considérables, ils préfèrent les terres plus hautes situées au nord du village. Les principaux produits agricoles sont les céréales, les fourrages et la pomme de terre. Les betteraves et carottes permettent de nourrir le bétail que les habitants achètent dans les foires de la région comme celle de Fontainebleau. Vers la fin du 19ème Siècle on compte à Châtenay 1500 moutons, 150 vaches, 48 chevaux, et 12 ânes.

Certains de nos Ancêtres sont vignerons :

  • Jean-Louis Robillard et son père· Jean Nicolas Roux et son père Jean
  • Claude Brette
  • Simon Roux et son père Claude
  • Pierre Bonodet

Ils produisent un vin de qualité inférieure. De plus, il en récolte très peu car le mildiou ravage les vignes. La vie ne devait pas être simple pour eux.

Jean-Claude


Liste des ancêtres d’Estelle Robillard qui sont originaires de Châtenay sur Seine

Identifiés à ce jour (de 1590 à 1850)

Marguerite ANAIS, Nicolas ANAIS, Anne AUBERT, Magdelaine BARBILLON, Marie BARTELOSTE, Genevieve BELLEVILLE, François BONNIER, Marguerite BONNIER, Jacques BONODET, Marie BONODET, Marie Anne BONODET, Pierre BONODET, Claude BRETTE, Etienne BRETTE, Jean BRETTE, Marie Anne Agathe BRETTE, Marie Anne Sophie BRETTE, Anne BUSTEAU, Blaise BUSTEAU, Geneviève CHARDON, Claude CHIGANNE, François CHIGANNE, Marie Rose CHIGANNE, Jean Jacques CORNEBISE, Léonard CORNEBISE, Marie CORNEBISE, Cécile DAUTEL, Lupien DAUTEL, Nicolas DAUTEL, Geneviève DESPLATS, Jean DESPLATS, Jeanne DESPLATS, Jehanne DESPLATS, Marie DESPLATS, Anne DOLLI, Jacques DUDOGNON, Marie DUDOGNON, Philippe DUDOGNON, Marie DUFAY, Marguerite DUPAS, Claude GABRIEL, Jean GABRIEL, Marie Anne GABRIEL, Paule GAGNIER, Pierre GAGNIER, Anne GASTEAU, Francoise GIRARD, Anne GUYOT, MarieLEROUX, Anne MARAULT, Anne MAROT, Jeanne MIGNOY, Marie MOTHE, Marguerite NOURY, Etienne OBERT, Marie PETIT, Etienne PROFIT, Marie Anne PROFIT, Marie Jeanne QUINAULT, Nicolas QUINAULT, Claude ROBILLARD, Estelle Stéphanie ROBILLARD, Germain Xavier ROBILLARD, Jean Louis ROBILLARD, Claude ROUX, Jean ROUX, Jean Nicolas ROUX, Marie Anne ROUX, Marie Anne Sophie ROUX, Marie Catherine ROUX, Simon ROUX, Jean François TAVEAU, Marie TAVEAU, Claude TRAVERS, Jeanne TRAVERS, Françoise TROUVE, Reine TURQUIN


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Si vous utilisez des informations de ce blog, merci de citer la source.

Source :
Monographie de Chatenay dur Seine : Archives de Seine et Marne
agendicum.over-blog.com : site Internet
Wikipédia : Les Senons (version anglaise)
Manuels Anciens : Site Internet
Photo du village Gaulois : Ozouf, Leterrier - CE1 1954

 

Guerre 14-18 : Les compagnons de Gustave Delesalle

Un des Arrière Grand-père de la famille, Gustave Delesalle, a rédigé durant la guerre 14-18 un carnet retraçant sa vie durant cette période. Ce carnet est complet et je l’ai mis en ligne en 2015.

Durant cette période, Gustave a croisé la route de plusieurs personnes, gradés, compagnons ou civils qu’il cite dans son carnet. Ces rencontres se sont faites entre janvier 1915 et novembre 1917,  alors qu’il était au 8ème régiment d’infanterie territoriale, 10ème compagnie, 9ème section. (puis au 121ème à partir du 6/11/1917)

Ce billet reprend, sous forme de tableau, la liste de ces personnes accompagnée de quelques commentaires afin d’en connaître les circonstances.

Jean Claude

Août 2017
Source : Carnet de guerre 14-18 de Gustave Delesalle

Liste des personnes rencontrés par Gustave Delesalle

Page du carnetDatePersonnesVilleCommentaires
Page 413 février 1915Capitaine RogierKilemSupérieur hiérarchique
Page 413 février 1915Lieutenant BonpainKilemSupérieur hiérarchique
Page 413 février 1915Lieutenant AlixKilemSupérieur hiérarchique
Page 413 février 1915Adjudant CambraiKilemSupérieur hiérarchique
Page 413 février 1915Chef de section LecorneyKilemSupérieur hiérarchique
Page 513 février 1915Sergent LeblondKilemCompagon de section
Page 513 février 1915Soldat VereekKilemCompagon de section
Page 513 février 1915Soldat AllaertKilemCompagon de section
Page 513 février 1915Soldat GillartKilemCompagon de section
Page 513 février 1915Caporal SergezKilemCompagon de section
Page 916 avril 1915Sergent RykeheckeKilemest Transféré au 5ème Bataillon
Page 928 avril 1915Ferme BlangriatCrochteLieu d'hébergement
Page 1428 Juillet 1915Soldat GrimbertChampegnoleTombe une balle dans la tête
Page 1529 juillet 1915Soldat TisonChampegnoleBlessé sur le coté par un éclat
Page 2721 May 1916Capitaine J BuigneCamp de la BeholleResponsable de l'organisation sanitaire
Page 2727 Juin 1916Capitaine BonpainCamp de la Beholle
Page 4

13 février 1915Ferme MaesKilemLieu d'hébergement
Page 3921 novembre 1917LongierFontenelle en Brie24 h avant son suicide

Le Carnet de Gustave Delesalle

 

Lien vers la page 2 et 3

page1

Transcription du texte

 

Page 1
Reçus avis de la mobilisation
le samedi 1er Août 1914 à 5h de
l’après midi. Départ de Lille
pour Dunkerque le lundi
3 Août 1914 à 8h du matin. Versé à
la 23 Ch de dépôt à la caserne
Guilleminot. Repos quelques jours.
Arrivé de 700 hommes versés au
dépôt. Exercice et travaux de
tranchées jusqu’au 28 Août ou
nous partons pour Bergue
Section logés à la brasserie
Clays. Les trains suspendus depuis
5 ou 6 jours entre Lille et Dunkerque
sont rétablis. Le 31 Août, Oscar
vient me voir à Bergue en
auto et repart vers 4h. Son auto
est réquisitionnée en route
par le service de la santé.

Les enfants abandonnés de la paroisse Notre Dame de Douai

Pourquoi tant d’enfants sont-ils abandonnés en 1785
dans la paroisse Notre Dame de Douai ?

 

Comme tous les généalogistes, je consulte beaucoup de registres, j’ai parcouru à ce jour plusieurs milliers de pages.

Beaucoup d’enfants trouvés

En effectuant des recherches sur le registre 1776-1792 de la paroisse Notre Dame de Douai (5 Mi 020 R 018), j’ai été surpris de découvrir un nombre très important d’enfants trouvés. Pour prendre un exemple, durant l’année 1788, j’ai recensé 141 baptêmes dont 70 concernaient des enfants trouvés, soit un taux de 50 % *. ( Impressionné par ces chiffres, j’ai décidé de pousser plus loin mes investigations. Une nouvelle surprise m’attendait avec l’évolution de ce phénomène au cours de ces années, évolution que l’on peut résumer avec ces chiffres :

Page de registre avec une majorité d’enfants trouvés

1. 1776 : 1 enfant trouvé
2. 1777 : 8 enfants
3. 1784 : 43 enfants
4. 1785 : 70 enfants
5. 1792 : 21 enfants

Ces enfants étaient très souvent des nouveau-nés, à peine quelques jours ou quelques semaines. Mais quelques fois il était beaucoup plus grand, comme ce bébé de 18 mois cité dans l’acte de baptême ci-dessous :

 

*Pour information, à cette époque, le chiffre national est de 3 à 4%.

 

Acte de Baptême d’un enfant trouvé à Douai le 7 avril 1785

L’an mil sept cent quatre vingt cinq, le septième jour d’avril, je, maître Pierre Joseph Sauvage vicaire de Notre Dame à Douay, soussigné, ai baptisé sans condition un garçon trouvé la veille à sept heures trois quarts du soir, rue du grand Canteleux, paroisse de Notre Dame, à la porte de l’Hôpital Général, paraissant âgé de dix huit mois environ auquel on a imposé le nom d’Ambroise Joseph et pour surnom Transitus. Le parrain à été Ambroise Bertout, concierge de cette paroisse et la marraine Marie Barbe Joseph Descorde, épouse de Nicolas Ardelin, laquelle a déclaré ne savoir écrire

Pourquoi y-a-t-il tant de différences entre l’année 1776 et L’année 1785 ?

La présence de l’hôpital Général dans la paroisse Notre Dame explique en partie cette situation. Il fut construit entre 1756 et 1760, en forme de croix à quatre branches qui permettait de séparer les quatre catégories traditionnelles de pensionnaires : vieillards et vieilles femmes, orphelins et orphelines.

La réponse se trouve surtout à la Bibliothèque Nationale de France dans l’Arrêt du Conseil d’Etat du Roi (sous Louis XVI) du 10 janvier 1779. On y apprend que jusqu’au mois d’octobre 1779, les enfants abandonnés en France étaient remis à des voituriers publics qui les amenaient dans la maison des enfants-trouvés de Paris.
9 enfants sur 10, souvent nouveau-nés, ne supportaient pas le voyage et décédaient avant l’âge de 3 mois. L’arrêt du Conseil d’Etat du Roi mis fin à cette pratique en interdisant le transport des enfants abandonnés ailleurs que dans l’hôpital le plus proche. Voila ce qui explique ces différences.

Dans ce même arrêt, le Roi s’inquiète de la constante augmentation des enfants abandonnés et des conséquences pour les finances des établissements destinés à les recevoir. Il commença par sommer les curés, vicaires et toutes personnes ayant la capacité de conseil auprès de la population de “redoubler de zèle” afin que les parents fassent d’autres choix que l’abandon de leur enfant. C’est peut-être pour cette raison que le chiffre a diminué en 1792. J’ai retranscrit ci-dessous la première partie de l’arrêt qui traite des conditions de transport, mais le reste du document est également très intéressant. (Document source)

ARRET DU CONSEIL D’ETAT du ROI (Louis XVI)
concernant les enfants trouvés
10 Octobre 1779

Extrait des Registres du Conseil d’Etat.

Dans le compte que l’on a commencé à rendre au Roi, des maisons de Charité, Sa Majesté à fixé ses premiers regards sur l’état de ces enfants abandonnés, qui n’ont d’autre appui que sa protection; & Elle n’a pu apprendre sans douleur, que dans un des objets les plus intéressants de l’administration publique, il s’était introduit un abus contraire à tous les principes de l’humanité, & quelle ne pouvait trop promptement réprimer.

Sa Majesté est informée qu’il vient tous les ans à la maison des enfants-trouvés de Paris, plus de deux mille enfants nés dans des provinces très éloignées de la Capitale ; ces enfants, que les soins paternel pourraient à peine défendre contre les dangers d’un âge si tendre, sont remis sans précautions & dans toutes les saisons à des voituriers publics, distraits par d’autres intérêts, & obligés d’être longtemps en route : de manière que ces malheureuses victimes de l’insensibilité de leurs parents, souffrent tellement d’un pareil transport, que près des neuf dixièmes périssent avant l’age de trois mois.

Sa majesté a regretté sensiblement de n’avoir pas été plus tôt instruite de ces tristes circonstances ; & pressée d’y remédier, Elle veut qu’à compter du 1er octobre prochain, il soit défendu à tous voiturier, ou à toute autres personnes, de transporter aucun enfant abandonné, ailleurs qu’à l’hôpital le plus prochain, ou à tel autre de la généralité, désigné particulièrement pour ce genre de secours ; & si cette disposition que les devoirs de l’humanité rendent indispensables, obligeait quelque maison de Charité de province, à une augmentation de dépense qui surpassât ses revenus, Sa majesté y pourvoira la première année, de son trésor Royal, et se fera rendre compte dans l’intervalle, des moyens qui pourront y suppléer d’une manière constante et certaine.

Lire la suite de l’arrêt en le téléchargeant ici

 

Jean Claude

Copyright - avril 2017 -
Reproduction des textes et des photos interdites sans l'autorisation de l'auteur

Sources : 
- Archives départementales du Nord
- BNF Gallica

 

Mon voyage de Douai à Lille en 1798.

“Retour vers le futur” c’est la nouvelle tendance des réseaux sociaux de généalogie. L’exercice m’intéresse malgré un manque de talent d’écrivain. J’espère l’avoir compensé par le niveau de documentation du récit. Les sources sont citées. Me voilà donc transporté au 18ème siècle…


Le départ de Douai

Aujourd’hui, nous sommes Tridi,* le 13 fructidor an VI, jour de l’epine-vinette**. Le soleil se lève, il doit être environ 7 heures et je pars pour Lille ce matin. Nous venons de passer un été caniculaire et le fermier pour qui je travaille m’a annoncé que les récoltes vont être très mauvaises et qu’il ne pourra pas me garder. J’ai donc décidé de partir rejoindre Jean-Louis Delesalle et sa femme Marie-Catherine qui habitent Lille. Une fois sur place, j’espère trouver du travail.

Je ne dois pas perdre de temps, le départ est à 9h. Je finis mes préparatifs, je peux prendre un sac de 15 livres sans supplément de prix. Habitant le hameau de Dorignies, je dois parcourir 4 km pour rejoindre Douai et sa Grand-Place située à l’intérieur des fortifications. J’espère que la porte de la ville sera ouverte et que je ne devrais pas attendre le passage d’une charrette. Il y a deux jours, j’ai réservé mon billet pour un voyage à destination de Lille. Depuis 1 an, le transport des voyageurs et des marchandises appartient au secteur privé, les messageries nationales ayant cessé leur activité. Les particuliers ont donc le droit de se lancer dans cette discipline et j’ai fait affaire avec François, le fils de mon patron qui vient de créer son entreprise. Je lui ai versé des arrhes, une somme de 2,00 frs qui représente 50% du prix du billet.

Beffroy de-Douai Ed. L.crepin
(Source Bibliothèque douaisienne)

Je pars vers 7h30. J’entre sans difficulté dans la ville et arrive Grand-place. L’endroit est déjà très animé. Tous les cafés et auberges sont ouverts. C’est ici que s’arrêtent les voitures publiques. Les départs sont incessants, une dizaine de villes étant desservies. Pour Lille, il y aura quatre départs. Il y a beaucoup de monde autour des voitures qui s’apprêtent à partir, les voyageurs, leurs amis et leurs parents. J’aperçois François qui vérifie le passeport de ses clients tout en guettant l’arrivée de sa diligence et ses postillons. Je m’approche de lui, il a l’air soucieux. Il m’explique que 1200 barrières de péage sont en train d’être posées en France et peut-être même sur la route qui va de Douai à Lille. “Les charges vont encore augmenter” me dit-il.

Le voyage Douai – Lille

La diligence arrive de Cambrai un peu avant 9h. C’est une berline de 6 places, tirées par six chevaux. Deux postillons sont à la manœuvre. François s’avance et immobilise la voiture avec la machine en enrayer. En qualité de responsable, c’est lui qui veille au bon déroulement de l’arrivée et du départ. Pendant que celui-ci vérifie l’état général des roues et des essieux, un des postillons commence à décharger les bagages. Le second attelle de nouveaux chevaux.

Nous sommes six personnes à nous installer sur les banquettes. Deux militaires qui rejoignent leur compagnie à Lille, une nourrice avec un bébé de 6 mois, une bonne et un voyageur de commerce vont faire ce voyage avec moi. Une fois le chargement des bagages terminé et afin de protéger le cuir, François, aidé des postillons, couvre le tout avec de la paille neuve puis bâche l’ensemble. La concurrence entre les entreprises étant importante, l’arrêt doit être le plus court possible. C’est déjà l’heure du départ, le fouet claque, la diligence démarre.

Le conducteur de diligence par Henry Monnier (source BNF)

Douai est à 8 lieues*** de Lille . Ce n’est pas très loin, mais depuis la révolution, la construction des routes et leur entretien ne sont plus une priorité. Le voyage risque d’être long car les postillons ne pourront pas dépasser 1 lieue à l’heure, même si en théorie les voitures ont le droit de rouler jusqu’à 2 lieues par heure. La discussion s’engage tout d’abord sur la qualité des chevaux qui semblent plein d’ardeur puis sur les fêtes et la braderie de Lille. Tous parlent avec amertume de la suppression de toutes les fêtes chrétiennes depuis la révolution. Même le dimanche a été aboli. Mais aucun d’entre nous ne connait la date exacte de la braderie.

La route est belle, mais beaucoup de voitures circulent, surtout des rouliers qui transportent des marchandises. Il est maintenant 11h. Nous avons parcouru 3 lieues et nous devons nous arrêter à un relais pour changer les chevaux. Nous repartons rapidement. Nous arrivons à Pont à Marcq vers 13 h. C’est l’heure de déjeuner. Les deux premières auberges sont déjà occupées par la concurrence. Deux diligences ne peuvent pas déjeuner au même endroit pour éviter ensuite que les gens ne se trompent de voiture. Nous passons devant la douane et trouvons une auberge et un relais un peu plus loin. Les postillons ne nous accordent pas plus de vingt minutes pour manger. Eux-même restent un moment pour contrôler la diligence, changer les chevaux et surveiller les bagages. Je mange une aile de poulet à la broche accompagnée d’un verre de vin de Bordeaux. Le repas me coûte 90 sous.

Nous repartons. Il reste un peu plus de 3 lieues à parcourir et nous devrions arriver vers 16h. Mais La route se dégrade rapidement. A un moment ou le postillon à du solliciter les chevaux pour sortir d’une ornière, le coup de collier donné par ceux-ci a eu pour effet de briser une roue. Rapidement les postillons détachent les chevaux et l’un d’eux repart à cheval vers le précédent relais. Heureusement, il n’était qu’à environ 1 lieue. De retour au bout d’une heure, nous ne mettrons que 15 minutes pour changer la roue. Nous reprenons la route. Celle-ci devient belle, les chevaux sont menés au galop. Nous traversons des plaines fertiles et bien cultivées entrecoupées de ruisseaux et de prairies.

L’arrivée à Lille

La diligence arrive à Lille en fin d’après midi. J’aperçois au loin les immenses fortifications de la ville avec au premier plan un très grand nombre de moulins à colsat qui s’élèvent dans la plaine. Avant d’arriver à la porte de la ville, il nous faut passer des ponts de construction légère pour franchir de très larges fossés. Les militaires m’expliquent qu’en cas d’attaque, la ville peut se défendre en les remplissant avec les eaux de La Deule. Puis, un beau pont de pierre nous emmène à la porte des Malades. Celle-ci est déjà fermée et quelques piétons attendent le passage d’une voiture pour entrer dans la ville. ,La porte s’ouvre, je suis impressionné par sa beauté, ornées de colonnes, elle passe pour être une des plus belles de France. La voiture s’engage ensuite dans la rue des Malades. Bordée de belles maisons, elle nous mène jusqu’à la place de la bourse, près de la Grand-Place.

La braderie de Lille – Tableau de F Watteau

Il est presque 18 h, nous sommes arrivés. Le cocher arrête la voiture, nous descendons, tous fatigués de 9 heures de voyage. Beaucoup de gens nous attendent. J’aperçois Jean-Louis un peu plus loin. Les voyageurs réclament leurs malles, leurs caisses et leurs sacs. Ce n’est pas sans difficultés qu’ils reconnaissent leurs bagages. Les douaniers sont là, il recherchent des éventuelles bouteilles d’alcool, interdites de transport par les messageries privées. Les commissionnaires se précipitent pour nous proposer de nouvelles offres. Les décrotteurs cherchent des bottes à cirer. Je récupère mon sac et rejoint sans attendre Jean-Louis.

 

Le trajet vers la maison familiale

Jean Louis et Marie-Catherine habitent Fives, un petit village situé à 2 km d’ici . Nous prenons la rue des Malades, puis à gauche la rue des Dragons et enfin la rue de Fives qui nous mène à la porte de Fives. Jean-Louis me donne des nouvelles de la famille. Il faut dire que je ne les ai pas vu depuis leur mariage, il y a six ans. Jean-Louis m’apprend qu’il ont deux enfants, Catherine qui a 4 ans et Louis, 7 ans. Marie-Catherine est enceinte de six mois, mais il ont perdu une petite fille de 13 mois, Marie Thérèse, au mois de Floréal dernier. Sur le chemin je suis impressionné par l’état de détérioration de beaucoup de maisons du quartier Saint Sauveur. Certaines se sont écroulées, d’autres n’ont plus de toit. Jean-Louis me raconte que tous ces dégâts sont la conséquence des bombardements lors du siège de la ville par les autrichiens, il y a 6 ans. Aujourd’hui, la ville est toujours protégée, nous croisons beaucoup de militaires. Dans la discussion, j’explique que je n’ai plus de travail à Douai. Jean Louis pense qu’avec toutes ces maisons à reconstruire, je peux trouver quelques chose. Demain, il demandera à son patron s’il peut me prendre comme apprenti dans l’entreprise de menuiserie.

Tout en parlant, nous franchissons la porte de Fives et nous sortons de la ville. Fives n’est plus très loin. Jean-Louis et Marie-Catherine habitent chemin de Tournai dans une maison de brique, mansardée, avec un étage et entourée d’un jardinet. Les enfants jouent dehors. Marie Catherine nous accueille. Le père de Jean-Louis, Jean-Baptiste, est là aussi. Il a 69 ans. Ancien maçon et veuf depuis trois ans, il vient souvent chez ses enfants. Tous le monde s’installent autour d’une bière Lilloise, une bière un peu vineuse qui ne mousse pas.

La soirée

 

Calendrier portatif

Un peu plus tard, Jean-Baptiste rentre chez lui et nous passons à table. Marie Catherine nous sert une soupe de légumes avec du pain de méteil à base de seigle et de froment. A la fin du repas, c’est une tradition, elle nous apporte du pain blanc pour faire des tartines beurrées. Pendant le repas nous reparlons de la braderie de Lille. Avec ce nouveau calendrier qui est en place depuis 5 ans tout est bouleversé. Jean Louis se plaint, la semaine de 7 jours a été supprimée et remplacée par le calendrier républicain avec un repos tous les 10 jours. Le Décadi à remplacé le Dimanche. Tous les ouvriers qui décideraient de continuer ne pas travailler le dimanche pourront être licenciés. De plus, depuis le mois dernier, le Décadi est devenu un vrai jour de fête, les boutiques, magasins et ateliers sont fermés. La date de la braderie est flottante. Marie Catherine pense qu’elle aura lieu cette année le Décadi 20 fructidor, à partir de minuit. Mais elle n’est pas sûre de cette date et doit se renseigner. Cette manifestation est pour tous une véritable occasion d’acheter à bon prix tissus et vêtements. C’est aussi une journée de fête où la famille et les amis se réunissent devant un bon pot au feu, gâteaux et tartes. Le jambon sera sur la table toute la journée et la bière coulera à volonté.

En attendant, tout le monde va se coucher. Les enfants dorment déjà dans leur chambre à l’étage, les parents montent dans la leur. Moi, je dormirai en bas. Demain je partirai avec Jean-Louis avec l’espoir trouver du travail à la menuiserie. Le bois ça me plairait bien.

Jean-Claude
* Tridi = le 3ème jour d’une semaine de 10 jours (Primidi, Duodi, Tridi, Quartidi, Quintidi, Sextidi, Septidi, Octidi, Nonidi, Decadi)
** Epine Vinette : Petite baie considérée comme une épice
*** 1 lieue = 4,82 Km

Copyright - Janvier 2017 -
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Sources provenant de Gallica-BNF

1- Le parfait cocher Edition F.J. Desoer
2- Les fêtes chommées depuis le christianisme par l'Abbé Ch. Lalore
Edition E. Caffe
3- Le Messagiste Ou traité théorique et pratique par J. Hilpert
Edition A. André
4- Guide pittoresque, portatif et complet du voyageur en France
Par E. Girault de Saint-Fargeau - Edition F. Didot Frère
5- Enquête sur les conditions de l'habitation en France : les maisons type
Editeur E. Leroux
6- Conseils aux voyageurs en chemins de fer, en bateaux à vapeur et en diligence
par N.Chaix,
7- Collection générale des loix, proclamations, instructions
Editeur Imprimerie Nationale du Louvre
8- Journal des débats politiques et littéraires du 4 septembre 1905
9- Nouveau code des maîtres de postes par A. Lanoé,
9- Physiologie des diligences et des grandes routes par M. Édouard Gourdon
10- Voyager en France au temps de la poste aux chevaux par P. Marchand
11- Les transports intérieurs sous la Révolution par A. Cochon
12- Vitesse et durée des voyages au temps de la poste aux chevaux
par T. Jamaux-Gohier
13- Voyage dans les départemens du Nord, de la Lys, de l'Escaut 
pendant les années VII et VIII par le citoyen P.F. Barbault-Royer
14- La naissance mouvementée du droit au repos hebdomadaire par P. Barrau
15- Calendrier portatif - Éditeur Debarle-Dubosquet,

François Garinand : Anarchiste dans les années 1900

Cette page a été vue 193 fois depuis le 12 déc. 2016

J’avais déjà mentionné François Garinand, le frère de Marius, dans l’article “Deux frères condamnés à la prison” que j’avais écrit en mars 2015. Depuis, de nouvelles recherches m’ont permis de mettre à jour l’activité d’anarchiste de François. Voici donc un nouvel article sur l’oncle de Stéphane, Garinand.

De la naissance au mariage

Né le 4 février 1865 à Saint-Paul-en-Jarez, une petite ville de la Loire ,François est l’aîné d’une famille de quatre enfants. Grâce au recensement de 1866, on trouve la famille au 24 rue du bourg à Saint-Paul. François a 18 mois, ses parents Jean Louis et Marie Prunier, 25 ans. Un de ses oncles, François frère de Jean Louis, vit aussi avec eux. 6 ans plus tard, en 1872, on retrouve la famille qui s’est agrandie et habite à Lorette, au 80 de la rue Nationale. François à 7 ans et sa sœur Pierrette 5 ans. L’oncle François qui a 42 ans vit toujours avec eux. En 1885, lors du conseil de révision, il est dispensé du service militaire car il a trois doigts coupés à son pied droit. Il habite alors Terrenoire, une ville qui fait partie aujourd’hui de l’agglomération de St Etienne. En 1891, il vit seul à Rive de Gier, au 54 rue de Lyon. C’est là que le 20 juin de cette même année, il se marie avec Marie Louise Seyssel. Dans l’acte de mariage, ils reconnaissent un enfant, Claude, né 3 ans plus tôt en 1888 et dont ils déclarent être les père et mère.

Son activité d’anarchiste
Almanach du Père Peinard

Almanach du Père Peinard

Le mouvement anarchiste est né en France vers les années 1881. Les activités de François semble avoir commencé vers 1890. En 1892, il habite à Saint Chamond, au 4 rue Victor Hugo. Il est membre du groupe “Les amis de Ravachol” de cette ville alors que ce dernier vient d’être décapité le 11 juillet 1892 à Montbrison. Ravachol devient alors un mythe pour de nombreux compagnons et va faire l’objet d’un véritable culte de la personnalité. Nul doute que ces événements ont conforté François sur la voie de l’anarchisme. A cette date, il est correspondant du “Père Peinard” un journal hebdomadaire anarchiste qui distille à travers ses articles au ton populaire des attaques en règle contre le système politique et économique de l’époque. L’année suivante, en 1993, habitant au 23 rue de la Liberté, il constitue une bibliothèque pour le groupe, la lecture étant pour l’anarchiste un important vecteur d’idées.

6 Jours de Prison

Lors du conseil de révision de Saint Chamond, le 3 mai 1893, François Garinand et une dizaine d’amis organisèrent une manifestation.

Un nouveau 15 mai

Document dessiné par Nadar – BNF Gallica

Armés d’énormes gourdins, précédés de deux joueurs d’accordéons, ils traversèrent la ville en déployant un drapeau rouge et en chantant des chants révolutionnaires comme Le Père Duchesne et Les Anti-Patriotes, . Des agents de police se sont alors interposés. François Garinand les pris à partie en les traitant d’imbéciles, de cochons et leur disant qu’il se chargerai de les lyncher. Deux jours plus tard, il fut condamné à 6 jours de prison.
Le 21 novembre 1883, comme de nombreux compagnons de la région, il fait l’objet d’une perquisition

En Janvier 1894, il est arrêté à Saint Chamond avec Jean Cote et Neyret et a été accusé d’avoir distribué des brochures anarchistes à des militaires de Saint Chamond et d’Izieux. Lors de sa fouille, la police a trouvé une lettre de Sébastien Faure, Propagandiste anarchiste français de renommée internationale.

Disparu ?

François Garinand est inscrit à l’état vert N°4 des anarchistes. il s’agit d’un d’état des anarchistes signalés comme disparus ou nomades. On trouve des documents sur lui aux archives nationales section police générale. Déclaré disparu du département de la Loire, Il a été vu, au milieu de l’année 1900, circulant à pied dans le département de la Marne, à recherche de travail.

Détournement d’argent

En 1903, François est secrétaire à la Bourse du Travail. Il détourne deux sommes de 300 frs, l’une votée par le Conseil Général, l’autre accordée par le gouvernement. L’ administration de la Bourse du Travail de Saint Chamond dépose plainte. Malgré un mandat d’arrêt ce dernier reste introuvable. Le matin du 26 juin 1903, il se présente au commissariat central. Il est jugé le 7 juillet 1903, reconnait les faits, les regrettant profondément. Condamné à 6 mois de prison, il sort quelques jours plus tard le 22 juillet 1903.

Divorce

Le 26 avril 1904, sa femme Marie Louise Seyssel demande le divorce et l’obtient ” aux torts et griefs” de François qui est condamné à lui versé 25 frs par mois. Marie Louise à la garde de leur fils Claude qui a alors 16 ans.

Un exemple à ne pas suivre

Pour finir François Garinand est cité dans un journal socialiste “Le Peuple de Lyon” du 5 juillet 1903. L’article compare deux leaders socialistes à des “Garinand et Panel” auxiliaires d’un parti rétrograde et accusé de vol. L’article explique que des anarchistes étaient embauchés en période électorale par certains partis. François aurait-il fait de la politique ?

Les recherches sur la suite de sa vie et son décès sont demeurées infructueuses. Toutes informations sur le sujet seront les bienvenues.

Jean- Claude

Copyright - Décembre 2016 -
Reproduction des textes et des photos interdites sans l'autorisation de l'auteur

Sources :
- Archives de la Loire : Site web
- Dictionnaire des militants Anarchistes : Site web
- Gallica BNF : Site Web
- Fiche Ravachol sur Wikipedia : Site Web
- Presse Ancienne : Le stéphanois, Journal de Vienne, Le Peuple, Express du Midi, 
Le républicain
- Archive Nationale - Section Police Nationale
Ligne de vie de François Garinand

DateAgeEvènementLieu AdresseDétails
05 02 18650NaissanceSaint-Paul-en-Jarez (42740)Père : Jean Louis
Mère : Marie Prunier
Ainé de la famille
01 08 186618 moisRecensement24 rue du Bourg
Saint-Paul-en-Jarez (42740)
Vit avec ses parents Marie et Jean Louis.
Est aussi présent dans la famille, le frère de Jean-Louis, François âgé de 38 ans
27 09 18672 ansNaissance de sa 1ère sœurSaint-Paul-en-Jarez (42740)Pierrette
09 04 18705 ansNaissance de sa 2ème sœurLorette (42420)Marie Anne
10 02 18715 ansDécès de sa 2ème sœurLorette (42420)Marie Anne
18727 ansRecensement Lorette80 rue nationale
Lorette (42420)
Vivent à cette Adresse :
Jean Louis 32ans - Marie 30 ans -
Francois 7 ans - Pierrette 5 ans -
Francois, frère de Jean Louis 42 ans
02 10 18727 ansNaissance de son 1er frèreLorette (42420)François Marius
1876Recensement LoretteAbsent du recensementActe de naissance
01 06 187914 ansNaissance de sa 3ème sœurTerrenoirePierrette Francia
188520 ansService MilitaireTerrenoireExempté suite blessure au pied : 3 doigts coupés au pied droit
189126 ansDomicile54 rue de Lyon
Rive de Gier
20 06 189126 ansMariageRive de GierMarie Louise Seyssel
189227 ansDomicile4 rue Victor Hugo
Saint Chamond
Membre du groupe Les amis de Ravachol de Saint Chamondcorrespondant local du Pre Peinard
11 07 179227 ansExcution de RavacholMontbrisonAprès deux procés, le 26 avril devant la Cour d'assises de La Seine et le 21 juin à Montbrison
02 05 189328 ansArrestationSaint ChamondA entonné des chants révolutionnaires et déployé le drapeau rouge.
03 05 189328 ansJugement du tribunal26 Place de la Liberté
Saint Chamond
Outrage agent de police
6 jours de prison
189328 ansActivitè anarchiste26 Place de la Liberté
Saint Chamond
Constituait une bibliothèque pour le groupe
21 11 189328 ansPerquisition26 Place de la Liberté
Saint Chamond
Fait l'objet d'une perquisition comme beaucoup de ses compagnons
01 01 189428 ansArrestationSaint ChamondEst arrêté avec Jean Cote et Neyret et a été accusé d’avoir donné des brochures anarchistes à des militaires de Saint Chamond et d'Izieux. Lors de sa fouille, la police a trouvé deux lettres de Sébastien Faure et A. Dumas.
Vers 190036 ansActivitè anarchistedisparu ou nomade
Inscrit sur l'état vert n°4 des anarchistes
(état des anarchistes signalés comme disparus ou nomades)
190036 ansDisparitionVu dans La MarneSignal comme disparu du département de la Loire, circulait à pieds dans la Marne au milieu des années 1900 à la recherche de travail
27 07 190136 ansMariage de François MariusSaint Chamondavec Josephine Julia Ageron
24 06 190338 ansFausse déclarationSaint EtienneGarinand Franois, âgé de 39 ans, se présenta au bureau central. "Une bande d'individus, déclara-t-il avec un aplomb imperturbable, viennent de voler une -trentaine de mille francs"
27 06 190338 ansIncarcrationMaison d'arrét de St EtienneVétements portés l'arrivée
Chemise couleur - Veste, gilet et pantalon noirs -Brodequins
05 07 190338 ansCité dans un articleLyonJournal le peuple de Lyon N° 80
07 07 190338 ansJugement du tribunal57 rue Alsace Lorraine
Saint Chamond
Abus confiance, détourne la somme de 600 frs au préjudice de la bourse de travail de Saint Chamond
Condamné à 6 mois de prison
22 07 190338 ansSortie du tribunalMaison d'arrét de St Etienne25 jours de prison (condamné à 6 mois)
20 09 190338 ansMariage de FranciaSaint Chamondavec Stéphane Marie Gérin
26 04 190439 ansDivorceRive sur GierDivorce la demande de Claudine Seyssel

Pourquoi mon grand-père est-il parti d’Espagne ?

Mon grand père Julien est arrivé en France à 16 ans, en Novembre 1904. Il venait d’Espagne. A son arrivée, il fût hébergé par de la famille à Saint Jean de Luz. Ces informations proviennent des déclarations qu’il a faite, bien plus tard, dans sa demande de naturalisation. La raison de son émigration, rapportée par le souvenir familial, est que le fils aîné avait hérité de l’entreprise familiale : “Una Constructor de Carros”. Mais n’y avait-il pas d’autres raisons ?

Lors de mes recherches, j’ai eu la surprise de trouver une thèse sur les événements décrits ci-dessous, qui par ailleurs sont très peu connus. Elle montre l’importance des incidents qui se sont produits en Tierra de Campos. Ce document de 430 pages a été rédigé en 2010 par Jesús-Ángel Redondo Cardeñoso de L’université de Valladolid. Les informations de cet article proviennent pour une large part de ce document.

La situation générale dans la région au début du 20ème siècle

Mon Grand-père venait de Fontihoyuelo, un petit village de 400 habitants de la “Tierra de Campos”, une région située au centre de l’Espagne. La “Tierra de Campos” est une vaste plaine sans presque aucun relief et dont l’altitude est d’environ 700 mètres.

By Andrecp (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Copyright : By Andrecp via Wikimedia Commons

Les hivers y sont long et vigoureux. Ils durent plus de sept mois de novembre à avril, avec des températures inférieures à 9°. Elle est habitée par une population essentiellement rurale dont la principale activité est la culture de céréales. Les petits exploitants avaient des conditions de vie proches de la misère et souvent pour améliorer le niveau de vie de la famille ils prenaient en location des terres supplémentaires ou acceptaient en complément des emplois salariés. L’hiver était une période redoutée par la population à cause de la baisse drastique de l’offre de travail. En outre, la région a un climat très irrégulier qui aggrave la situation économique de la population. A cela s’ajoutait une mauvaise répartition des charges publiques avec une tendance à imposer fortement les terres. Les chefs politiques des villages modifiaient les règles de répartition de l’impôt et avec leur amis échappaient aux charges qui retombaient d’autant plus lourdement sur les autres. Tel était la situation dans cette région en 1903.
Selon un document sur l’émigration Espagnole, 1904 (L’année d’arrivée de mon grand-père) a constitué l’année où l’émigration espagnole a fortement redémarré. Elle doublera dans les 2 ans qui suivirent. Pourtant, avec une densité de population deux fois plus faible que la celle de la France, l’Espagne est loin d’être surpeuplée et c’est surtout le monde rural qui a été concerné par cette émigration. Concernant la région de Tierra de Campos, celle-ci sera aussi la conséquence des graves émeutes qui se sont produites à ce moment là. Ces événements ont probablement beaucoup comptés dans la décision de mon Grand-père de partir pour la France.

Les émeutes de l’hiver 1903-04 en Tierra de Campos

C’est vers la seconde moitié du 19ème siècle que se sont produites, dans la région, plusieurs crises alimentaires déclenchant les premières émeutes. La situations des ouvriers étaient très précaires car les salaires étaient bas et irréguliers et fonction de la demande pour les récoltes saisonnières ou annuelles. En Tierra de Campos, ils étaient plus de 40%. Les fermiers s’en sortaient mieux grâce à leur exploitation.

En automne 1903, Le blé a augmenté avec pour conséquence directe une forte augmentation du prix du pain.

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Copyright : Phgaillard – Flickr.com

 

L’hiver 1903-04 a donc été le point de départ de graves émeutes avec les premiers cas en décembre. En voici quelques exemples :

  1. A Villalon de Campos distante de 6 km de Fontihoyuelo, village de mon Grand-père, une foule a occupé la ville.
  2. Plus tard, à Carrion de los Condes distant de 50 km de Fontihoyuelo. 160 hommes accompagnés de femmes et enfants se sont rassemblés dans le village demandant du pain et du travail et ont menacé de prendre d’assaut l’endroit où était stocké le pain.
  3. En février 1904, ce fut au tour de Fontihoyuelo de subir des violences.
  4. A Paredes de Nava, un groupe de femmes a tenté d’arrêter les wagons de blé des villages voisins.

Ces émeutes ont été beaucoup plus violentes que les précédentes. Beaucoup de jeunes en étaient l’origine. Elle se manifestaient par beaucoup de bagarres et de rixes avec des armes blanches. Elles étaient menées contre le pouvoir ou les riches propriétaires mais aussi contre d’autres voisins. Un exemple avec ces groupes d’agriculteurs qui ont essayé de prendre les réserves de pains d’autres habitants du village .

La situation était tellement difficile que la pêche et la chasse furent utilisés de manière intensive causant d’innombrables problèmes avec les propriétaires. La peur de ne pouvoir donner à manger à ses enfants a eu pour conséquence une importante augmentation des cas d’infanticides. Les bébés étaient enterrés dans une des pièces de la maison.

Eté 1904, Les premières grèves

La misère structurelle de la région a permit aux doctrines du socialisme de se développer au cours des premières années du 20ème siècle. En 1903, les socialistes, ayant obtenu des succès électoraux, ont obtenu divers postes de conseillers ou de maires. Le parti socialiste expliqua alors que la grève était une solution bien plus efficace que les émeutes ou les violences.

Estampe partielle : Scène historique réalisé par D. Vinck - Pillage Maison de Saint Lazare, Paris - Gallica

Vue partielle d’Estampe sur une scène historique réalisé par D. Vinck – Pillage de la Maison de Saint Lazare à Paris – Gallica

 

les travailleurs agricoles ont donc formé des associations pour mieux résister. Les villages se sont organisés et ont déclenché en même temps les grèves avec pour revendications une amélioration des repas et une augmentation des salaires.

En été 1904, les récoltes ont été une nouvelle fois mauvaises et le blé a subit une augmentation supplémentaire. Les conflits et les grèves ont donc duré tout l’été puis jusqu’à l’approche de l’hiver.

C’est donc dans ce contexte que mon grand-père, encore mineur, est parti pour la France dans de la famille.

Jean Claude

Nota : Quelques mois plus tard les conflits cessèrent grâce à des augmentations de salaires. Aujourd’hui il ne reste que 33 habitants à Fontihoyuelo alors qu’ils étaient 400 en 1900 (source Wikipédia)

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Source :
- Thèse sur les événements de Tierra de Campos - en langue espagnole - Cliquez ici
- Girard Albert. L'émigration espagnole - Annales de Géographie n°120
- La Tierra de Campos y sus bases ecológicas en el siglo XIV de Angel Vaca Lorenzo - Cliquez ici

La famille Montagne durant l’histoire – Partie 1

Une Famille ancienne

La famille Montagne est une de nos plus anciennes familles de notre généalogie. Le point de départ de la lignée est Alfréda Montagne, notre grand-mère, décédée en 1988 à l’âge de 86 ans. Nous allons pouvoir remonter la branche pendant plus de 4 siècles pour arriver en 1589, année de la mort d’Henri III et de l’accès au trône d’Henri IV. Antoine, le premier Montagne identifié avait environ 20 ans et vivait à Wasquehal, village situé entre Lille et Roubaix. Il s’appelait Antoine DELEMONTAIGNE.

Origine des Sources

Jusqu’en 1700, le lien entre les générations de la famille Montagne s’est construit sans trop de difficultés. Les documents étaient accessibles et lisibles. Pour la période antérieure à la révolution, cela devient beaucoup plus difficile. Mais les documents existent et on finit toujours par les trouver. Arrivé au 17ème siècle, les choses se sont compliquées car beaucoup de document sont souvent en Latin, très courts avec 2 ou 3 lignes, parfois illisibles, ou tout simplement inexistants.
La dernière solution restait les forums et les autres sites comme Geneanet ou Heredis on line. Par chance, trois généalogistes ont pu m’aider, dont un qui a effectué des dépouillements de document dans ce secteur. Les informations sont donc fiables même si les actes d’état-civil manquent.

Henri IV

 Durant le règne d’Henri IV 1589 – 1610

Génération N° 15 et 14 : Antoine et son fils Thomas

J’ai peu d’information sur cette période, les généalogistes me communiquent juste l’existence d’Antoine DELEMONTAIGNE né à Wasquehal vers 1570 et son fils Thomas né vers 1595, aussi à Wasquehal. Thomas est Laboureur. Ces données auraient été obtenues par recoupement et calcul de probabilité pour les âges.

Histoire : A cette époque, le village de Wasquehal n’est pas français. La Flandre et les Pays-Bas Méridionaux appartiennent à L’Espagne.

Louis XIII

Durant le règne de Louis XIII 1610 -1643

Génération N° 13 : Pierre fils de Thomas
Pierre (fils de Thomas) est né dans les années 1610 et s’est marié avec Catherine VINCRE dans les années 1630. Tous deux apparaissent en 1674 dans le contrat de mariage de leur fils. Ils vivent à Wasquehal et auront 6 enfants : Sabine, Thomas, Françoise, Jean, Pierre et François. Pierre assure la descendance de la ligné.

Histoire : La région est prise dans le tourbillon de la guerre de 30 ans.  Le 19 mai 1635, Richelieu déclare la guerre à l’Espagne et les combats se portent vers les Pays-Bas Espagnols..

Louis XIV

Durant le règne de Louis XIV – 1643 – 1715

Génération N° 12 : Pierre fils de Pierre
Selon certaine source que je n’ai pu vérifier, Pierre serait né à Wasquehal le 7 janvier 1645. Il va se marier en janvier 1674 avec Marie Magdelaine DELEPORTE. Je dispose pas d’acte d’état civil mais d’un contrat de mariage dont vous trouverez le détail ci dessous :

Tab 9139 – feuillet 02 du 13 janv 1674
Maitre Pasquier SUING (source Thierry Messien)

DE LE MONTAIGNE Pierre (signe MONTAIGNE),
fils de Pierre et de Catherine VINCRE, assisté d’eux, de Jean MONTAIGNE son frère, et de Denis DE LE MONTAIGNE son oncle. Quant au port dudit comparant ses père et mère ont promis payer et fournir la somme de six cents livres.
x
DE LE PORTE Marie Magdelaine,
fille de Jean et de Péronne WATTEL, d’eux assistée, et de Jean DE LE PORTE, fils dudit Jean son frère. Quant au port de la comparante, ses père et mère lui ont promis payer et fournir la somme de six cents livres.

Afin d’évaluer la valeur des sommes apportés dans ce contrat de mariage par les familles (un total de 1200 livres) on se basera sur les écrits de Vauban dans “La Dime Royale” qui évalue les revenus annuels d’une famille d’ouvrier agricole à 90 livres par an.

On remarque que Pierre se fait appeler maintenant MONTAIGNE. Ils auront 6 enfants; 4 filles et 2 Garçons : Pierre, Marie-Thérèse, Marie-Catherine, Jeanne-Marguerite, Marie-Anne, Barthélémy

Histoire : En 1667, Lille, redevenue riche et prospère, est assiégée et prise par Vauban en huit jours (20-27 juillet) sous les yeux de Louis XIV. Lille devient alors française en 1668 par le traité d’Aix-la-Chapelle, ce qui provoque le mécontentement des Lillois (Source Wikipédia). En 1684, l’obligation du français dans l’administration est étendue à toutes les cités de Flandre.

Génération N° 11 : Pierre fils de Pierre
Pierre est né le 8 juillet 1674. Il va se marier avec Marie Catherine Castel en avril 1700. Ici non plus je n’ai pas la date exacte ni d’acte officiel, mais un contrat de mariage en date du 15 avril 1700 me permet de situer cet événement.

Contrat de Mariage du 15/04/1700
Document N° 8982 folio 12 – Maitres C. Sauvaige & JM Bourrez à Haubourdin 59 – Archives départementales du Nord. 
(Source Pierre Barré – Heredis online)

Pierre MONTAINE, demt à Esquermes,
fils de feu Pierre et de Marie Madeleine DELEPORTE, censière** à Esquermes, assisté de sa mère, Denis MONTAINE son frère, laboureur à Esquermes, Antoine DESRUYELLES, demt à Los, son beau-frère, Charles DELEPORTE, censier** à Marcq-en-Barœul, son oncle maternel . Il apporte 300 florins*** .
x
Marie Catherine DUCASTEL,
fille de Louis censier à Emmerin et de Claire POLLET, assistée de ses père et mère, Éloy DUCASTEL, censier** à Lille, son frère et Catherine LECHERF sa femme, Jacques POLLET son oncle maternel, censier** à Lomme et Anne HOVELACQ sa femme . Elle apporte 250 florins*** .

** Dans le nord de la France et en Belgique la cense est une métairie ou une ferme. Le censier est l’exploitant de cette métairie qui loue l’exploitation à un propriétaire. Le censier dispose de droits de baux qui semblent être cessible à ses enfants. L’acte notarié de vente ci-dessous corrobore cette information.

*** Le florin n’est pas une monnaie française mais la monnaie des Pays-Bas dont la Flandre est une composante. Le florin a une valeur très variable d’une région à l’autre. Il est donc très difficile d’estimer la valeur des apports de 250 et 300 florins. Il semble que la valeur de la livre soit entre 3 et 5 florins.

Pierre et Marie Catherine vécurent à Esquemes (Aujourd’hui un quartier de Lille) ou ils seront censiers. Ils auront 6 enfants : Laurent Joseph, Pierre Louis, Marie Thérèse, Marie Claire, Marie Joseph, Pierre Louis

Histoire : Au cours de la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), la ville de Lille est occupée pendant cinq ans par les troupes de la coalition: Grande-Bretagne, Provinces-Unies, Autriche et Prusse. Lille est rendue à la France quand la paix est signée à Utrecht le 11 avril 1713.

Louis XV

Louis XV

Durant le règne de Louis XV – 1715 – 1774

Pierre décèdera à 53 ans le 9 janvier 1728. Marie Catherine continuera à exploiter la ferme pendant une dizaine d’année. A 67 ans, elle décide de vendre ses biens à ses enfants, comme le précise cet acte de vente passé devant notaire.

Vente du 15/10/1738
Document N° 7418 folio 88 – Maitres C. Lefrancq / J.M. Bourrez – Wavrin – Archives départementales du Nord. (Source Pierre Barré – Heredis online)

Marie Catherine CASTEL veuve avc enfants de Pierre MONTAINE, demeurant à Esquermes, de grand âge, incapable de cultiver, vend à Laurent et Marie Claire MONTAINE ses enfants à marier demeurant à Esquermes, chevaux, vaches, autres bestiaux, meubles, grains, droits de baux, contre 2400 livres* sur lesquelles ils pourront retenir chacun 300 livres* et Marie Claire 100 livres* en plus. En présence de Jacques François LOUAGE fils de feu Jean, laboureur demeurant à Lille, Jean Baptiste CORDONNIER fils de feu Antoine, cabaretier demeurant à Esquermes

* On comparera le prix de cette cession, 2400 livres, au niveau de vie d’un ouvrier agricole qui a été établi par Vauban à 900 livres par an.

Marie Catherine décèdera 9 ans plus tard, le 4 juillet 1747, à l’âge de 76 ans.

Génération N° 10 : Pierre Louis fils de Pierre

Pierre Louis est né le 10 août 1707. Son mariage avec Marie Anne Desrousseaux a lieu à Esquemes le 9 juin 1732. Lui a 25 ans, elle 19 ans est née aussi à Esquemes.

Ils habiteront ce village et vivront de la terre. Ils auront 8 enfants 6 garçons et 2 filles : Jean Baptiste Joseph Germain, Michel Joseph, Pierre Philippe Joseph, Catherine Angélique Joseph, Anne Catherine Joseph, Pierre François Joseph, Pierre Joseph, Pierre Antoine,

Louis XV meurt le 10 mai 1774, Pierre a 67 ans et Marie Anne 61 ans

A suivre > partie 2

Jean-Claude

Copyright - Juin 2016 -
Reproduction des textes et des photos interdites sans l'autorisation de l'auteur

Sources :

Archives du département du nord
Wikipédia.org
le site de Thierry Messien : site
Pierre Barré - Heredis online: site

La ferme de la Briche – famille Beurois

Je reviens sur une période de la vie de la famille Beurois. Au 19ème siècle celle-ci a vécu dans plusieurs fermes. Vu le nombre de domestiques qui vivaient sous le même toit, on pouvait croire que Louise et Victor étaient de riches propriétaires. (voir l’article sur les Beurois)

La situation était bien différente. Toutes ces fermes faisaient partie d’un grand complexe, la Ferme de la Briche. Une exploitations qui a été conçue par Jean-François Cail, riche industriel. Elle était composée d’une ferme centrale et de 8 fermes satellites disséminées sur toute l’exploitation dont la surface avoisinait  presque 20 000 ha. C’est que Victor Beurois et sa famille vécurent avec des domestiques. Mais en réalité, tous étaient employés de Mr Cail.
Dessin de la ferme de la Briche

Dessin de la ferme de la Briche en 1867

Cette ferme était considérée comme la plus grande ferme de France, utilisant des moyens d’avant garde dont le concept était issue de l’industrie. Elle fut présentée à l’exposition universelle de Paris en 1867. De ce fait, il y a eu beaucoup d’écrits sur le sujet et on trouve bon nombre d’écrits.

La région

La ferme de la Briche révolutionna l’agriculture mais aussi l’existence des paysans de la région. Celle-ci n’est pas la belle Touraine mais une terre inculte. Deux articles de l’époque nous aident à mieux comprendre la vie à cet endroit.

Le premier est écrit en 1874 par M. Dubost  et parait sur la revue de la Société d’agriculture, de sciences, d’arts et de belles-lettres  En voici quelques passages :
—- La ferme de la Briche est une création de M, Cail le grand industriel, dans l’une des plus pauvres régions qui  soient en France. —– On y arrive sans trop de peine par la station de Langeais —- Aucun progrès agricole ne se manifestait sur ce plateau —– On y voit quelques plantations de pins maritimes ou de sapins ; mais les landes de bruyères ou  d’ajoncs occupent  encore la moitié du territoire :  le reste est soumis à une culture sans engrais et presque sans bétail —- La seule denrée d’exportation est la viande  de porc : c’est  avec ce produit que le prix de fermage se paye. Dans ce milieu arriéré M. Cail a fondé, dès 1837, le plus grand établissement de culture industrielle que nous ayons en  France.

Le second est un article de Ludovic, journaliste au journal “la sciences pittoresque”. Il nous offre un autre regard sur la région. Extrait du N° 26 du 28 octobre 1894 :
—- La route, en-quittant le bourg de Langeais, cesse bientôt de traverser un pays fertile pour s’avancer au milieu d’une forêt rabougrie entremêlée de sapins, qui deviennent plus nombreux et plus rabougris encore, plus on avance. L’aspect du sol est triste et souvent complètement privé de toute végétation; la surface prend la couleur d’un terrain sur lequel on aurait brûlé des broussailles et où seraient restées des cendres. Enfin, plus on s’approche de l’emplacement-des cultures de La Briche, et plus pays et paysans prennent un air triste et misérable. Il n’y a pas un grand nombre d’années encore, la presque totalité du terrain occupé par ces cultures n’offrait qu’une vaste surface plus que marécageuse —-u
 
La construction de la ferme de la Briche est donc pour les habitants une réelle chance de vivre un peu mieux.

L’infrastructure de la ferme de la Briche

Jean François Cail débuta les travaux en 1857 et mis des moyens considérables à la création de cette exploitation. Il souhaitait créer un modèle de ferme pour promouvoir la vente de ses équipements industriels.
Une étable de la fermes de la Briche

Les étables de la fermes de la Briche

D’une surface de 2 000 Ha, le domaine est divisé en 8 fermes distinctes qui servent essentiellement de logement. Il est équipé de  très grandes infrastructures :

  1. 10 km de routes macadamisées
  2. 2 km  de chemin de fer (ou plus selon certaines sources)
  3. 10 Km de canaux d’assainissements
  4. Une bergerie pour 4000 moutons,
  5. Trois étables pour 600 bœufs,
  6. Une grange d’un demi hectare,
  7. Une distillerie
  8. Des ateliers de toutes sortes
  9. L’eau et la lumière distribuées partout
  10. Des appareils de labourage à vapeur

La vie de Victor Beurois et de Louise Verneau

La ferme de la Briche employait plus de 300 personnes. Sa principale activité tournait autour de la culture de la betterave qui  lui permettait la fabrication et la vente d’alcool. Les pulpes de betterave issues de la distillerie générait une seconde activité en nourrissant un bétail d’élevage : environ 250 Bœufs et 3000 moutons. Ces deux activités constituaient les 3/4 du revenu de la ferme, le dernier 1/4 provenant essentiellement de la culture des céréales. Les diverses fermes du domaine étaient destinées à l’hébergement des familles et domestiques ainsi que des bœufs de labour.

En 1881,  Louise et Victor était à la Parmencelle, une de ces fermes satellites. Toutes les fermes étaient de construction identique : Des bâtiments contruits  en”U”, orientés vers le sud. La Parmencelle était placée au centre de 183 ha de terre à cultiver pour le compte de La Briche. 16 personnes vivaient là : le couple, leurs 7 enfants et 7 domestiques âgés de 16 à 22 ans. Caroline, mon arrière grand mère ne naitra que 4 années plus tard en 1885.
 
Louise et Victor  étaient  tous deux cultivateurs. Aidés de leurs enfants et de leurs 7 domestiques , ils avaient en charge diverses cultures :
  • Environ 50 ha de betterave
  • Environ 50 ha de blé
  • Environ 20 ha de seigle
  • Le reste des terres étant des prairies
Transport des récoltes vers la ferme centrale

Transport des récoltes vers la ferme centrale

La Ferme de la Briche fournissait les bœufs de labour. Il y en avait plus de 200 pour le domaine et Victor et Louise devaient en avoir une vingtaine. Mais Jean-François Cail fournissait aussi des engins à vapeur pour labourer. Le domaine devenait alors un immense “show-room”. La Parmencelle ne stockait aucune récolte ni engrais ou autres produits Tout était centralisé par la ferme de la Briche qui se chargeait de leur transformation et de leur vente. Les récoltes étaient transférées par une ligne de chemin de fer qui reliait La Parmencelle à La Briche. . Chaque année à la fin de la saison, vers fin septembre, tous les boeufs de labour étaient ramenés à la ferme centrale ou ils allaient passés l’hiver. Certains seraient engraissés pour être vendus l’année suivante.

De temps en temps, les Beurois devaient recevoir l’aide des “colons” ; 120 à 130 enfants de 12 à 18  ans qui résidaient à la Briche. Ils venaient de la Colonie Pénitentiaire de Mettray. lls étaient divisés en famille de 24 enfants et conduits par des chefs de famille, sorte de contremaitres. Ils se livraient aux travaux des champs ou tout autres activités de La Briche : Distillerie, Magasin au bois, Jardins, entretiens des chemins ou autres divers travaux. Les soirées d’hiver étaient consacrées à l’enseignement par les chefs de familles de la lecture, de l’écriture ou du calcul.

Un peu avant 1886, la famille Beurois partira vers une autre ferme La Fouverie, une ferme qui n’apparait pas dans les documents de la Briche. Mais le nombre de domestiques présents laisse penser qu’ils travaillaient ici aussi pour la ferme de la Briche. Louise et Victor finiront leur vie ici au service de Mme herbert qui est probablement la fille de Jean-Francois Cail.
Jean-Claude
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Source :
Wikipédia :
- La Ferme de la Briche
BNF-Gallica :
Terre de la Briche - Jean François Cail
- La science Pittoresque N°26 du 28 octobre 1864 (page 306)
- Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire. 1872 page 25
Divers
- La vie de Jean-François Cail - Patrimoine du Poitou Charente

Remerciements à Jean-Michel Guignon, 
lointain cousin de Touraine pour m'avoir mis sur la piste de La Briche.

Les Baudrier : une grande famille de meuniers.

Le moulin à eau Estampe réalisé par Jacques Callot graveur 1592 1635

Les Baudrier sont des ancêtres de mon grand-père Gaston Bonnet. Dans l’arbre généalogique, ils se situent dans la lignée de Caroline Beurois, sa mère. Ils ont vécu à Saint Symphorien les Ponceaux, un petit village de 80 habitants d’Indre et Loire situé à 40 km à l’ouest de Tours.

Les premiers documents que je possède permettent de remonter jusqu’en 1630*. C’est le point de départ de 6 générations de Baudrier qui vont se succéder jusqu’en  1836, lorsque Jeanne se marie avec Jean Verneau.

– Estampe Le moulin à eau réalisée par Jacques Callot graveur 1592 1635 – source Gallica-Bnf
– *Voir l’article sur les méthodes de recherches (ici)

Le métier de meunier

Estampe Le meunier par M. Schongauer 1450 1491 (source Gallica-bnf)

Estampe Le meunier par M. Schongauer 1450 1491 (Source Gallica-bnf)

Les Baudrier était une grande famille de meunier. Ce métier était très exigeant et contraignant. Il n’existait aucune formation et la relève était difficile à trouver. Pour cette raison, le savoir se transmettait très souvent de père en fils créant ainsi de grandes lignées de meuniers. Celle des Baudrier dura 170 ans.

Pour être bon meunier, Il fallait détenir certaines aptitudes : avoir une capacité d’observation au-dessus de la moyenne et être à l’affût de tous les éléments pour en tirer avantage.

Les meuniers étaient probablement très ouverts du point de vue intellectuel. Ils fabriquaient eux-mêmes toutes sortes d’inventions pour améliorer leur moulin. Ils n’avaient pas d’heure pour dormir, devant être toujours en éveil et être en permanence en communion avec le moulin.

Les moulins

Chaque village avait au moins un moulin pour alimenter la population locale car les habitants devaient se procurer de la farine sans avoir à parcourir une trop grande distance. Le meunier se contentait d’écraser les grains de blé sous la meule de son moulin et de les livrer ainsi écrasés aux ménages ou au boulanger qui se chargeaient de les bluter, c’est-à-dire de les tamiser, pour séparer la farine du son.

Moulin à eau dessiné par Bergeron (Source Gallica-bnf)

Moulin à eau dessiné par Bergeron (Source Gallica-bnf)

Plusieurs moulins à eau sont construits à proximité de Saint Symphorien les Ponceaux: les moulins de Raguin, de Parpin, de Gruais et le moulin Jeannot. Ils sont tous édifiés sur la Roumer, un affluent de la Loire.

Les moulins n’appartenaient pas aux meuniers. Le sujet est un peu complexe. Il se rattache à l’histoire des droits sur la propriété des cours d’eau, aux coutumes locales et à la solidarité d’une communauté d’habitants unis pour les mêmes besoins. Les moulins dont le coût d’exploitation est très important appartenaient soit à une seigneurie, soit une communauté d’habitants soit aux deux par indivision. En pratique ce sont toujours les communautés qui les administraient.

La lignée Baudrier

Dans la famille Baudrier, le premier meunier connu est Pierre, marié à Urbanne Marchand et né vers les années 1630. Ils se marieront dans les années 1660 et auront 6 enfants : Marie, Pierre, Alexandre, René, Louis, Anne et François.

Le meunier de la génération 2 sera Pierre né dans les années 1670. Il se mariera avec Renée Lambert le 1 juillet 1710. Ils auront 4 enfants : Jeanne, Pierre, François et René.

Le troisième sera Antoine. Il se mariera avec Madeleine Lebert le 21 février 1735. Ils auront trois enfants : Pierre-Jean, Antoine et Etienne.

Le quatrième sera Pierre-Jean. Il épousera Anne Porcher le 26 juin 1770. Ils auront 4 enfants : Anne, Michel, Marie et Catherine.

Le cinquième et dernier meunier de cette lignée sera Michel. Jeanne Lebert deviendra sa femme le 9 juin 1803. Une fois marié, Michel quittera le moulin pour devenir cultivateur à Rillé, un village de la région. Il auront 3 enfants : Auguste, Jeanne et Anne.

Jeanne sera la dernière Baudrier. Elle se mariera avec Jean Verneau le 23 novembre 1836. Jean et Jeanne étaient les arrière-grands-parents de mon grand-père Gaston.

Ces cinq générations de meuniers exerceront dans un des quatre moulins de Saint Symphorien ou Avrillé.

Jean-Claude

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Source :

-Archive de l'Indre et Loire site internet
-Site internet de la meunerie française - histoire
-Site patrimoine Pointe Claire - Mission de recherche (pdf)
-Site les Moulin de Touraine - un moulin d'Avrille  
-La communauté des moulins et des fours au Moyen-âge par Paul Viollet(1840-1914) - Gallica Bnf
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