Un acte de décès pas très courant.

En recherchant l’acte de naissance d’un de mes ancêtres, Antonin Decottignies, né à Wasquehal (59) dans les années 1740, j’ai trouvé cet acte de décès très singulier.

Il est assez rare de trouver la cause de la mort d’une petite fille de 8 mois et surtout  lorsqu’il est rédigé d’une manière qui est assez peu courante : selon l’acte, elle est tombée à l’eau, retirée vivante, et inhumée le même jour.

Je vous livre la transcription de l’acte tel qu’il est écrit :
Le premier de septembre 1739 est tombé dans l’eau et retirer vivante
Anne Marie Dupré âgée de huit mois ou environ et inhumé dans
le cimetière de Wasquehal conformément a l’ordonnance de  mr ?????
conseiller au souverain baillage** de Lille en date du jour de septembre
de la dite année, fille de Jacques Philippe et de Marie Jenne 
Joseph Lemaire, lequel a signé et d’Etienne Salomé (?) lequel à déclaré
ne savoir écrire et a mis la marque.
 
Signé
Jacques Philippe Dupret
P. Ternois (?) Pasteur de Wasquehal
Marque d’Étienne Salomé

**Note sur le Bailliage de Lille

En France, sous l’Ancien Régime, mais aussi en Belgique et en Suisse, le terme de « bailliage » désignait à la fois une entité territoriale (circonscription administrative, financière et judiciaire) et la charge d’officier de bailli qui y était liée.

C’était la même institution que la « sénéchaussée »

Le terme de « bailliage » était plus fréquent dans le nord de la France (langue d’oil) avec quelques exceptions notables, comme l’Artois, le Boulonnais, Ponthieu qui étaient qualifiés de sénéchaussées. (source wikipédia)

En janvier 1336 (n.st.), Charles le Bel institua un “bailliage de Lille, Douai et Tournaisis” à la tête duquel fut placé un “souverain bailli” ou “gouverneur”. Le Tournaisis et Mortagne en furent détachés en 1369; et, dès le XVe siècle, au terme d’une évolution rapide, il y eut en fait deux gouvernances: celle de Lille et celle de Douai et Orchies, effectivement présidées par les lieutenants du souverain bailli qui ne jouait plus aucun rôle. Cette situation se maintint jusqu’à la Révolution (source archive du nord)

Jean-Claude ROMON
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Les enfants abandonnés de la paroisse Notre Dame de Douai

Pourquoi tant d’enfants sont-ils abandonnés en 1785
dans la paroisse Notre Dame de Douai ?

 

Comme tous les généalogistes, je consulte beaucoup de registres, j’ai parcouru à ce jour plusieurs milliers de pages.

Beaucoup d’enfants trouvés

En effectuant des recherches sur le registre 1776-1792 de la paroisse Notre Dame de Douai (5 Mi 020 R 018), j’ai été surpris de découvrir un nombre très important d’enfants trouvés. Pour prendre un exemple, durant l’année 1788, j’ai recensé 141 baptêmes dont 70 concernaient des enfants trouvés, soit un taux de 50 % *. ( Impressionné par ces chiffres, j’ai décidé de pousser plus loin mes investigations. Une nouvelle surprise m’attendait avec l’évolution de ce phénomène au cours de ces années, évolution que l’on peut résumer avec ces chiffres :

Page de registre avec une majorité d’enfants trouvés

1. 1776 : 1 enfant trouvé
2. 1777 : 8 enfants
3. 1784 : 43 enfants
4. 1785 : 70 enfants
5. 1792 : 21 enfants

Ces enfants étaient très souvent des nouveau-nés, à peine quelques jours ou quelques semaines. Mais quelques fois il était beaucoup plus grand, comme ce bébé de 18 mois cité dans l’acte de baptême ci-dessous :

 

*Pour information, à cette époque, le chiffre national est de 3 à 4%.

 

Acte de Baptême d’un enfant trouvé à Douai le 7 avril 1785

L’an mil sept cent quatre vingt cinq, le septième jour d’avril, je, maître Pierre Joseph Sauvage vicaire de Notre Dame à Douay, soussigné, ai baptisé sans condition un garçon trouvé la veille à sept heures trois quarts du soir, rue du grand Canteleux, paroisse de Notre Dame, à la porte de l’Hôpital Général, paraissant âgé de dix huit mois environ auquel on a imposé le nom d’Ambroise Joseph et pour surnom Transitus. Le parrain à été Ambroise Bertout, concierge de cette paroisse et la marraine Marie Barbe Joseph Descorde, épouse de Nicolas Ardelin, laquelle a déclaré ne savoir écrire

Pourquoi y-a-t-il tant de différences entre l’année 1776 et L’année 1785 ?

La présence de l’hôpital Général dans la paroisse Notre Dame explique en partie cette situation. Il fut construit entre 1756 et 1760, en forme de croix à quatre branches qui permettait de séparer les quatre catégories traditionnelles de pensionnaires : vieillards et vieilles femmes, orphelins et orphelines.

La réponse se trouve surtout à la Bibliothèque Nationale de France dans l’Arrêt du Conseil d’Etat du Roi (sous Louis XVI) du 10 janvier 1779. On y apprend que jusqu’au mois d’octobre 1779, les enfants abandonnés en France étaient remis à des voituriers publics qui les amenaient dans la maison des enfants-trouvés de Paris.
9 enfants sur 10, souvent nouveau-nés, ne supportaient pas le voyage et décédaient avant l’âge de 3 mois. L’arrêt du Conseil d’Etat du Roi mis fin à cette pratique en interdisant le transport des enfants abandonnés ailleurs que dans l’hôpital le plus proche. Voila ce qui explique ces différences.

Dans ce même arrêt, le Roi s’inquiète de la constante augmentation des enfants abandonnés et des conséquences pour les finances des établissements destinés à les recevoir. Il commença par sommer les curés, vicaires et toutes personnes ayant la capacité de conseil auprès de la population de “redoubler de zèle” afin que les parents fassent d’autres choix que l’abandon de leur enfant. C’est peut-être pour cette raison que le chiffre a diminué en 1792. J’ai retranscrit ci-dessous la première partie de l’arrêt qui traite des conditions de transport, mais le reste du document est également très intéressant. (Document source)

ARRET DU CONSEIL D’ETAT du ROI (Louis XVI)
concernant les enfants trouvés
10 Octobre 1779

Extrait des Registres du Conseil d’Etat.

Dans le compte que l’on a commencé à rendre au Roi, des maisons de Charité, Sa Majesté à fixé ses premiers regards sur l’état de ces enfants abandonnés, qui n’ont d’autre appui que sa protection; & Elle n’a pu apprendre sans douleur, que dans un des objets les plus intéressants de l’administration publique, il s’était introduit un abus contraire à tous les principes de l’humanité, & quelle ne pouvait trop promptement réprimer.

Sa Majesté est informée qu’il vient tous les ans à la maison des enfants-trouvés de Paris, plus de deux mille enfants nés dans des provinces très éloignées de la Capitale ; ces enfants, que les soins paternel pourraient à peine défendre contre les dangers d’un âge si tendre, sont remis sans précautions & dans toutes les saisons à des voituriers publics, distraits par d’autres intérêts, & obligés d’être longtemps en route : de manière que ces malheureuses victimes de l’insensibilité de leurs parents, souffrent tellement d’un pareil transport, que près des neuf dixièmes périssent avant l’age de trois mois.

Sa majesté a regretté sensiblement de n’avoir pas été plus tôt instruite de ces tristes circonstances ; & pressée d’y remédier, Elle veut qu’à compter du 1er octobre prochain, il soit défendu à tous voiturier, ou à toute autres personnes, de transporter aucun enfant abandonné, ailleurs qu’à l’hôpital le plus prochain, ou à tel autre de la généralité, désigné particulièrement pour ce genre de secours ; & si cette disposition que les devoirs de l’humanité rendent indispensables, obligeait quelque maison de Charité de province, à une augmentation de dépense qui surpassât ses revenus, Sa majesté y pourvoira la première année, de son trésor Royal, et se fera rendre compte dans l’intervalle, des moyens qui pourront y suppléer d’une manière constante et certaine.

Lire la suite de l’arrêt en le téléchargeant ici

 

Jean Claude

Copyright - avril 2017 -
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Sources : 
- Archives départementales du Nord
- BNF Gallica

 

Un acte de décès surprenant

Il est rare de trouver dans les anciens registres un acte de décès de cette nature. Séduit par le contenu de ce document, j’ai décidé de lui faire une petite place dans mon blog, une bien maigre consolation pour une personne enterrée sans nom. Vous trouverez ci-dessous, une transcription du document, quelques explications sur le texte ainsi qu’un plan sur le parcours de l’inconnu.

Acte Original

 

Transcription du document :

L’an mil sept cent dix, le 6
février a été enterré au cimetière
de céan un pauvre étranger
dont on n’a pu savoir le nom
étant mort subitement. Il déclara
à son arrivée qu’il résidait en un
village entre Tonnerre et Chatillon
et qu’il n’était éloigné de la dernière
ville que de quatre lieues. Plusieurs
habitants ont assisté à son enterrement
Signé Baudot Vicaire

 

Explication de texte :

3ème ligne : “au cimetière de Céans” est une expression de vieux français qui signifie “Dans le cimetière, à l’intérieur du cimetière”
7ème ligne : Chàtillon correspond à Chatillon sur Seine
9ème ligne : L’équivalence de 4 lieue est 19,3121 Km

Parcours de l’inconnu :

CarteGrâce aux informations sur le nombre de lieues, j’ai pu faire une recherche sur le village d’origine de cet étranger, ce qui donne Laignes. Ce village est distant de 113 Km de Anrosey soit plusieurs jours de marche.

Jean-Claude

Copyright - Octobre 2016 -
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Source :
- Registre d'état civil d'Anrosey 1693-1746 (page 80)- Archive de la Haute Marne
- explication du mot Céans : wiktionary.org