Mon voyage de Douai à Lille en 1798.

« Retour vers le futur » c’est la nouvelle tendance des réseaux sociaux de généalogie. L’exercice m’intéresse malgré un manque de talent d’écrivain. J’espère l’avoir compensé par le niveau de documentation du récit. Les sources sont citées. Me voilà donc transporté au 18ème siècle…


Le départ de Douai

Aujourd’hui, nous sommes Tridi,* le 13 fructidor an VI, jour de l’epine-vinette**. Le soleil se lève, il doit être environ 7 heures et je pars pour Lille ce matin. Nous venons de passer un été caniculaire et le fermier pour qui je travaille m’a annoncé que les récoltes vont être très mauvaises et qu’il ne pourra pas me garder. J’ai donc décidé de partir rejoindre Jean-Louis Delesalle et sa femme Marie-Catherine qui habitent Lille. Une fois sur place, j’espère trouver du travail.

Je ne dois pas perdre de temps, le départ est à 9h. Je finis mes préparatifs, je peux prendre un sac de 15 livres sans supplément de prix. Habitant le hameau de Dorignies, je dois parcourir 4 km pour rejoindre Douai et sa Grand-Place située à l’intérieur des fortifications. J’espère que la porte de la ville sera ouverte et que je ne devrais pas attendre le passage d’une charrette. Il y a deux jours, j’ai réservé mon billet pour un voyage à destination de Lille. Depuis 1 an, le transport des voyageurs et des marchandises appartient au secteur privé, les messageries nationales ayant cessé leur activité. Les particuliers ont donc le droit de se lancer dans cette discipline et j’ai fait affaire avec François, le fils de mon patron qui vient de créer son entreprise. Je lui ai versé des arrhes, une somme de 2,00 frs qui représente 50% du prix du billet.

Beffroy de-Douai Ed. L.crepin
(Source Bibliothèque douaisienne)

Je pars vers 7h30. J’entre sans difficulté dans la ville et arrive Grand-place. L’endroit est déjà très animé. Tous les cafés et auberges sont ouverts. C’est ici que s’arrêtent les voitures publiques. Les départs sont incessants, une dizaine de villes étant desservies. Pour Lille, il y aura quatre départs. Il y a beaucoup de monde autour des voitures qui s’apprêtent à partir, les voyageurs, leurs amis et leurs parents. J’aperçois François qui vérifie le passeport de ses clients tout en guettant l’arrivée de sa diligence et ses postillons. Je m’approche de lui, il a l’air soucieux. Il m’explique que 1200 barrières de péage sont en train d’être posées en France et peut-être même sur la route qui va de Douai à Lille. « Les charges vont encore augmenter » me dit-il.

Le voyage Douai – Lille

La diligence arrive de Cambrai un peu avant 9h. C’est une berline de 6 places, tirées par six chevaux. Deux postillons sont à la manœuvre. François s’avance et immobilise la voiture avec la machine en enrayer. En qualité de responsable, c’est lui qui veille au bon déroulement de l’arrivée et du départ. Pendant que celui-ci vérifie l’état général des roues et des essieux, un des postillons commence à décharger les bagages. Le second attelle de nouveaux chevaux.

Nous sommes six personnes à nous installer sur les banquettes. Deux militaires qui rejoignent leur compagnie à Lille, une nourrice avec un bébé de 6 mois, une bonne et un voyageur de commerce vont faire ce voyage avec moi. Une fois le chargement des bagages terminé et afin de protéger le cuir, François, aidé des postillons, couvre le tout avec de la paille neuve puis bâche l’ensemble. La concurrence entre les entreprises étant importante, l’arrêt doit être le plus court possible. C’est déjà l’heure du départ, le fouet claque, la diligence démarre.

Le conducteur de diligence par Henry Monnier (source BNF)

Douai est à 8 lieues*** de Lille . Ce n’est pas très loin, mais depuis la révolution, la construction des routes et leur entretien ne sont plus une priorité. Le voyage risque d’être long car les postillons ne pourront pas dépasser 1 lieue à l’heure, même si en théorie les voitures ont le droit de rouler jusqu’à 2 lieues par heure. La discussion s’engage tout d’abord sur la qualité des chevaux qui semblent plein d’ardeur puis sur les fêtes et la braderie de Lille. Tous parlent avec amertume de la suppression de toutes les fêtes chrétiennes depuis la révolution. Même le dimanche a été aboli. Mais aucun d’entre nous ne connait la date exacte de la braderie.

La route est belle, mais beaucoup de voitures circulent, surtout des rouliers qui transportent des marchandises. Il est maintenant 11h. Nous avons parcouru 3 lieues et nous devons nous arrêter à un relais pour changer les chevaux. Nous repartons rapidement. Nous arrivons à Pont à Marcq vers 13 h. C’est l’heure de déjeuner. Les deux premières auberges sont déjà occupées par la concurrence. Deux diligences ne peuvent pas déjeuner au même endroit pour éviter ensuite que les gens ne se trompent de voiture. Nous passons devant la douane et trouvons une auberge et un relais un peu plus loin. Les postillons ne nous accordent pas plus de vingt minutes pour manger. Eux-même restent un moment pour contrôler la diligence, changer les chevaux et surveiller les bagages. Je mange une aile de poulet à la broche accompagnée d’un verre de vin de Bordeaux. Le repas me coûte 90 sous.

Nous repartons. Il reste un peu plus de 3 lieues à parcourir et nous devrions arriver vers 16h. Mais La route se dégrade rapidement. A un moment ou le postillon à du solliciter les chevaux pour sortir d’une ornière, le coup de collier donné par ceux-ci a eu pour effet de briser une roue. Rapidement les postillons détachent les chevaux et l’un d’eux repart à cheval vers le précédent relais. Heureusement, il n’était qu’à environ 1 lieue. De retour au bout d’une heure, nous ne mettrons que 15 minutes pour changer la roue. Nous reprenons la route. Celle-ci devient belle, les chevaux sont menés au galop. Nous traversons des plaines fertiles et bien cultivées entrecoupées de ruisseaux et de prairies.

L’arrivée à Lille

La diligence arrive à Lille en fin d’après midi. J’aperçois au loin les immenses fortifications de la ville avec au premier plan un très grand nombre de moulins à colsat qui s’élèvent dans la plaine. Avant d’arriver à la porte de la ville, il nous faut passer des ponts de construction légère pour franchir de très larges fossés. Les militaires m’expliquent qu’en cas d’attaque, la ville peut se défendre en les remplissant avec les eaux de La Deule. Puis, un beau pont de pierre nous emmène à la porte des Malades. Celle-ci est déjà fermée et quelques piétons attendent le passage d’une voiture pour entrer dans la ville. ,La porte s’ouvre, je suis impressionné par sa beauté, ornées de colonnes, elle passe pour être une des plus belles de France. La voiture s’engage ensuite dans la rue des Malades. Bordée de belles maisons, elle nous mène jusqu’à la place de la bourse, près de la Grand-Place.

La braderie de Lille – Tableau de F Watteau

Il est presque 18 h, nous sommes arrivés. Le cocher arrête la voiture, nous descendons, tous fatigués de 9 heures de voyage. Beaucoup de gens nous attendent. J’aperçois Jean-Louis un peu plus loin. Les voyageurs réclament leurs malles, leurs caisses et leurs sacs. Ce n’est pas sans difficultés qu’ils reconnaissent leurs bagages. Les douaniers sont là, il recherchent des éventuelles bouteilles d’alcool, interdites de transport par les messageries privées. Les commissionnaires se précipitent pour nous proposer de nouvelles offres. Les décrotteurs cherchent des bottes à cirer. Je récupère mon sac et rejoint sans attendre Jean-Louis.

 

Le trajet vers la maison familiale

Jean Louis et Marie-Catherine habitent Fives, un petit village situé à 2 km d’ici . Nous prenons la rue des Malades, puis à gauche la rue des Dragons et enfin la rue de Fives qui nous mène à la porte de Fives. Jean-Louis me donne des nouvelles de la famille. Il faut dire que je ne les ai pas vu depuis leur mariage, il y a six ans. Jean-Louis m’apprend qu’il ont deux enfants, Catherine qui a 4 ans et Louis, 7 ans. Marie-Catherine est enceinte de six mois, mais il ont perdu une petite fille de 13 mois, Marie Thérèse, au mois de Floréal dernier. Sur le chemin je suis impressionné par l’état de détérioration de beaucoup de maisons du quartier Saint Sauveur. Certaines se sont écroulées, d’autres n’ont plus de toit. Jean-Louis me raconte que tous ces dégâts sont la conséquence des bombardements lors du siège de la ville par les autrichiens, il y a 6 ans. Aujourd’hui, la ville est toujours protégée, nous croisons beaucoup de militaires. Dans la discussion, j’explique que je n’ai plus de travail à Douai. Jean Louis pense qu’avec toutes ces maisons à reconstruire, je peux trouver quelques chose. Demain, il demandera à son patron s’il peut me prendre comme apprenti dans l’entreprise de menuiserie.

Tout en parlant, nous franchissons la porte de Fives et nous sortons de la ville. Fives n’est plus très loin. Jean-Louis et Marie-Catherine habitent chemin de Tournai dans une maison de brique, mansardée, avec un étage et entourée d’un jardinet. Les enfants jouent dehors. Marie Catherine nous accueille. Le père de Jean-Louis, Jean-Baptiste, est là aussi. Il a 69 ans. Ancien maçon et veuf depuis trois ans, il vient souvent chez ses enfants. Tous le monde s’installent autour d’une bière Lilloise, une bière un peu vineuse qui ne mousse pas.

La soirée

 

Calendrier portatif

Un peu plus tard, Jean-Baptiste rentre chez lui et nous passons à table. Marie Catherine nous sert une soupe de légumes avec du pain de méteil à base de seigle et de froment. A la fin du repas, c’est une tradition, elle nous apporte du pain blanc pour faire des tartines beurrées. Pendant le repas nous reparlons de la braderie de Lille. Avec ce nouveau calendrier qui est en place depuis 5 ans tout est bouleversé. Jean Louis se plaint, la semaine de 7 jours a été supprimée et remplacée par le calendrier républicain avec un repos tous les 10 jours. Le Décadi à remplacé le Dimanche. Tous les ouvriers qui décideraient de continuer ne pas travailler le dimanche pourront être licenciés. De plus, depuis le mois dernier, le Décadi est devenu un vrai jour de fête, les boutiques, magasins et ateliers sont fermés. La date de la braderie est flottante. Marie Catherine pense qu’elle aura lieu cette année le Décadi 20 fructidor, à partir de minuit. Mais elle n’est pas sûre de cette date et doit se renseigner. Cette manifestation est pour tous une véritable occasion d’acheter à bon prix tissus et vêtements. C’est aussi une journée de fête où la famille et les amis se réunissent devant un bon pot au feu, gâteaux et tartes. Le jambon sera sur la table toute la journée et la bière coulera à volonté.

En attendant, tout le monde va se coucher. Les enfants dorment déjà dans leur chambre à l’étage, les parents montent dans la leur. Moi, je dormirai en bas. Demain je partirai avec Jean-Louis avec l’espoir trouver du travail à la menuiserie. Le bois ça me plairait bien.

Jean-Claude
* Tridi = le 3ème jour d’une semaine de 10 jours (Primidi, Duodi, Tridi, Quartidi, Quintidi, Sextidi, Septidi, Octidi, Nonidi, Decadi)
** Epine Vinette : Petite baie considérée comme une épice
*** 1 lieue = 4,82 Km

Copyright - Janvier 2017 -
Reproduction des textes et des photos interdites sans l'autorisation de l'auteur
Sources provenant de Gallica-BNF

1- Le parfait cocher Edition F.J. Desoer
2- Les fêtes chommées depuis le christianisme par l'Abbé Ch. Lalore
Edition E. Caffe
3- Le Messagiste Ou traité théorique et pratique par J. Hilpert
Edition A. André
4- Guide pittoresque, portatif et complet du voyageur en France
Par E. Girault de Saint-Fargeau - Edition F. Didot Frère
5- Enquête sur les conditions de l'habitation en France : les maisons type
Editeur E. Leroux
6- Conseils aux voyageurs en chemins de fer, en bateaux à vapeur et en diligence
par N.Chaix,
7- Collection générale des loix, proclamations, instructions
Editeur Imprimerie Nationale du Louvre
8- Journal des débats politiques et littéraires du 4 septembre 1905
9- Nouveau code des maîtres de postes par A. Lanoé,
9- Physiologie des diligences et des grandes routes par M. Édouard Gourdon
10- Voyager en France au temps de la poste aux chevaux par P. Marchand
11- Les transports intérieurs sous la Révolution par A. Cochon
12- Vitesse et durée des voyages au temps de la poste aux chevaux
par T. Jamaux-Gohier
13- Voyage dans les départemens du Nord, de la Lys, de l'Escaut 
pendant les années VII et VIII par le citoyen P.F. Barbault-Royer
14- La naissance mouvementée du droit au repos hebdomadaire par P. Barrau
15- Calendrier portatif - Éditeur Debarle-Dubosquet,

La famille Montagne durant l’histoire – Partie 1

Une Famille ancienne

La famille Montagne est une de nos plus anciennes familles de notre généalogie. Le point de départ de la lignée est Alfréda Montagne, notre grand-mère, décédée en 1988 à l’âge de 86 ans. Nous allons pouvoir remonter la branche pendant plus de 4 siècles pour arriver en 1589, année de la mort d’Henri III et de l’accès au trône d’Henri IV. Antoine, le premier Montagne identifié avait environ 20 ans et vivait à Wasquehal, village situé entre Lille et Roubaix. Il s’appelait Antoine DELEMONTAIGNE.

Origine des Sources

Jusqu’en 1700, le lien entre les générations de la famille Montagne s’est construit sans trop de difficultés. Les documents étaient accessibles et lisibles. Pour la période antérieure à la révolution, cela devient beaucoup plus difficile. Mais les documents existent et on finit toujours par les trouver. Arrivé au 17ème siècle, les choses se sont compliquées car beaucoup de document sont souvent en Latin, très courts avec 2 ou 3 lignes, parfois illisibles, ou tout simplement inexistants.
La dernière solution restait les forums et les autres sites comme Geneanet ou Heredis on line. Par chance, trois généalogistes ont pu m’aider, dont un qui a effectué des dépouillements de document dans ce secteur. Les informations sont donc fiables même si les actes d’état-civil manquent.

Henri IV

 Durant le règne d’Henri IV 1589 – 1610

Génération N° 15 et 14 : Antoine et son fils Thomas

J’ai peu d’information sur cette période, les généalogistes me communiquent juste l’existence d’Antoine DELEMONTAIGNE né à Wasquehal vers 1570 et son fils Thomas né vers 1595, aussi à Wasquehal. Thomas est Laboureur. Ces données auraient été obtenues par recoupement et calcul de probabilité pour les âges.

Histoire : A cette époque, le village de Wasquehal n’est pas français. La Flandre et les Pays-Bas Méridionaux appartiennent à L’Espagne.

Louis XIII

Durant le règne de Louis XIII 1610 -1643

Génération N° 13 : Pierre fils de Thomas
Pierre (fils de Thomas) est né dans les années 1610 et s’est marié avec Catherine VINCRE dans les années 1630. Tous deux apparaissent en 1674 dans le contrat de mariage de leur fils. Ils vivent à Wasquehal et auront 6 enfants : Sabine, Thomas, Françoise, Jean, Pierre et François. Pierre assure la descendance de la ligné.

Histoire : La région est prise dans le tourbillon de la guerre de 30 ans.  Le 19 mai 1635, Richelieu déclare la guerre à l’Espagne et les combats se portent vers les Pays-Bas Espagnols..

Louis XIV

Durant le règne de Louis XIV – 1643 – 1715

Génération N° 12 : Pierre fils de Pierre
Selon certaine source que je n’ai pu vérifier, Pierre serait né à Wasquehal le 7 janvier 1645. Il va se marier en janvier 1674 avec Marie Magdelaine DELEPORTE. Je dispose pas d’acte d’état civil mais d’un contrat de mariage dont vous trouverez le détail ci dessous :

Tab 9139 – feuillet 02 du 13 janv 1674
Maitre Pasquier SUING (source Thierry Messien)

DE LE MONTAIGNE Pierre (signe MONTAIGNE),
fils de Pierre et de Catherine VINCRE, assisté d’eux, de Jean MONTAIGNE son frère, et de Denis DE LE MONTAIGNE son oncle. Quant au port dudit comparant ses père et mère ont promis payer et fournir la somme de six cents livres.
x
DE LE PORTE Marie Magdelaine,
fille de Jean et de Péronne WATTEL, d’eux assistée, et de Jean DE LE PORTE, fils dudit Jean son frère. Quant au port de la comparante, ses père et mère lui ont promis payer et fournir la somme de six cents livres.

Afin d’évaluer la valeur des sommes apportés dans ce contrat de mariage par les familles (un total de 1200 livres) on se basera sur les écrits de Vauban dans « La Dime Royale » qui évalue les revenus annuels d’une famille d’ouvrier agricole à 90 livres par an.

On remarque que Pierre se fait appeler maintenant MONTAIGNE. Ils auront 6 enfants; 4 filles et 2 Garçons : Pierre, Marie-Thérèse, Marie-Catherine, Jeanne-Marguerite, Marie-Anne, Barthélémy

Histoire : En 1667, Lille, redevenue riche et prospère, est assiégée et prise par Vauban en huit jours (20-27 juillet) sous les yeux de Louis XIV. Lille devient alors française en 1668 par le traité d’Aix-la-Chapelle, ce qui provoque le mécontentement des Lillois (Source Wikipédia). En 1684, l’obligation du français dans l’administration est étendue à toutes les cités de Flandre.

Génération N° 11 : Pierre fils de Pierre
Pierre est né le 8 juillet 1674. Il va se marier avec Marie Catherine Castel en avril 1700. Ici non plus je n’ai pas la date exacte ni d’acte officiel, mais un contrat de mariage en date du 15 avril 1700 me permet de situer cet événement.

Contrat de Mariage du 15/04/1700
Document N° 8982 folio 12 – Maitres C. Sauvaige & JM Bourrez à Haubourdin 59 – Archives départementales du Nord. 
(Source Pierre Barré – Heredis online)

Pierre MONTAINE, demt à Esquermes,
fils de feu Pierre et de Marie Madeleine DELEPORTE, censière** à Esquermes, assisté de sa mère, Denis MONTAINE son frère, laboureur à Esquermes, Antoine DESRUYELLES, demt à Los, son beau-frère, Charles DELEPORTE, censier** à Marcq-en-Barœul, son oncle maternel . Il apporte 300 florins*** .
x
Marie Catherine DUCASTEL,
fille de Louis censier à Emmerin et de Claire POLLET, assistée de ses père et mère, Éloy DUCASTEL, censier** à Lille, son frère et Catherine LECHERF sa femme, Jacques POLLET son oncle maternel, censier** à Lomme et Anne HOVELACQ sa femme . Elle apporte 250 florins*** .

** Dans le nord de la France et en Belgique la cense est une métairie ou une ferme. Le censier est l’exploitant de cette métairie qui loue l’exploitation à un propriétaire. Le censier dispose de droits de baux qui semblent être cessible à ses enfants. L’acte notarié de vente ci-dessous corrobore cette information.

*** Le florin n’est pas une monnaie française mais la monnaie des Pays-Bas dont la Flandre est une composante. Le florin a une valeur très variable d’une région à l’autre. Il est donc très difficile d’estimer la valeur des apports de 250 et 300 florins. Il semble que la valeur de la livre soit entre 3 et 5 florins.

Pierre et Marie Catherine vécurent à Esquemes (Aujourd’hui un quartier de Lille) ou ils seront censiers. Ils auront 6 enfants : Laurent Joseph, Pierre Louis, Marie Thérèse, Marie Claire, Marie Joseph, Pierre Louis

Histoire : Au cours de la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), la ville de Lille est occupée pendant cinq ans par les troupes de la coalition: Grande-Bretagne, Provinces-Unies, Autriche et Prusse. Lille est rendue à la France quand la paix est signée à Utrecht le 11 avril 1713.

Louis XV

Louis XV

Durant le règne de Louis XV – 1715 – 1774

Pierre décèdera à 53 ans le 9 janvier 1728. Marie Catherine continuera à exploiter la ferme pendant une dizaine d’année. A 67 ans, elle décide de vendre ses biens à ses enfants, comme le précise cet acte de vente passé devant notaire.

Vente du 15/10/1738
Document N° 7418 folio 88 – Maitres C. Lefrancq / J.M. Bourrez – Wavrin – Archives départementales du Nord. (Source Pierre Barré – Heredis online)

Marie Catherine CASTEL veuve avc enfants de Pierre MONTAINE, demeurant à Esquermes, de grand âge, incapable de cultiver, vend à Laurent et Marie Claire MONTAINE ses enfants à marier demeurant à Esquermes, chevaux, vaches, autres bestiaux, meubles, grains, droits de baux, contre 2400 livres* sur lesquelles ils pourront retenir chacun 300 livres* et Marie Claire 100 livres* en plus. En présence de Jacques François LOUAGE fils de feu Jean, laboureur demeurant à Lille, Jean Baptiste CORDONNIER fils de feu Antoine, cabaretier demeurant à Esquermes

* On comparera le prix de cette cession, 2400 livres, au niveau de vie d’un ouvrier agricole qui a été établi par Vauban à 900 livres par an.

Marie Catherine décèdera 9 ans plus tard, le 4 juillet 1747, à l’âge de 76 ans.

Génération N° 10 : Pierre Louis fils de Pierre

Pierre Louis est né le 10 août 1707. Son mariage avec Marie Anne Desrousseaux a lieu à Esquemes le 9 juin 1732. Lui a 25 ans, elle 19 ans est née aussi à Esquemes.

Ils habiteront ce village et vivront de la terre. Ils auront 8 enfants 6 garçons et 2 filles : Jean Baptiste Joseph Germain, Michel Joseph, Pierre Philippe Joseph, Catherine Angélique Joseph, Anne Catherine Joseph, Pierre François Joseph, Pierre Joseph, Pierre Antoine,

Louis XV meurt le 10 mai 1774, Pierre a 67 ans et Marie Anne 61 ans

A suivre > partie 2

Jean-Claude

Copyright - Juin 2016 -
Reproduction des textes et des photos interdites sans l'autorisation de l'auteur

Sources :

Archives du département du nord
Wikipédia.org
le site de Thierry Messien : site
Pierre Barré - Heredis online: site

A la recherche des Vander Oost (2/2 – Belgique)

carte BevereA la suite des recherches françaises qui ont fait l’objet du premier article, j’ai commencé les recherches sur la Belgique avec l’arrière grand-père de Lucienne Vander Oost, Théophile. Celui-ci est né à Bevere (Oudenaarde) le 17 octobre 1849, comme indiqué sur son acte de mariage qui a eu lieu 9 octobre 1875 à Lille.

Théophile Vander Oost
(Marié à Joséphine Brasset)

Acte de naissance
Je le trouve très facilement. Il s’agit du document N°34 de l’année 1849 qui se situe à la page 357 du registre. Il est en Flamand. En dehors du nom des parents, on apprend assez peu d’information :

  • Date de naissance le 17 octobre 1849
  • Père : Pierre Mathieu Vander Oost, agriculteur, 46 ans, né à Bevere
  • Mère : Marie Thérèse Gevaert
  • Témoin 1 : Henri Souesac 26 ans
  • Témoin 2 : Ferdinand Herrebaut 34 ans, Boucher

Pierre Mathieu Vander Oost
(Marié à Marie Thérèse Gevaert)

Je n’ai plus de date précise et pour obtenir des informations sur la génération suivante, je vais partir de l’âge de Pierre Mathieu pour essayer de trouver son acte de naissance en 1803.

Acte de naissance
L’information est exacte. Il est bien né en 1803, et plus exactement le 5 ventose anXI. L’acte se trouve à la page 82 du registre et il est en français. Il contient les informations suivantes :

  • Date de naissance : 5, ventose an11 à 2h30 du matin. (24 février 1803)
  • Père : Pierre Jean Vander Oost, Jardinier
  • Mère : Pétronelle Jacqueminne Syns
  • Témoin 1 : François Vertichel, 26 ans*, cultivateu
  • Témoin 2 : Baptiste Vertichel, 23 ans*, cultivateur

* Il est dommage qu’il soit noté l’âge des témoins et pas celui des parents.

L’acte de mariage est toujours nécessaire dans une généalogie car c’est le document le plus complet, mais là aussi je n’ai pas de date. Pour le trouver, je pars du principe qu’il a pu se marier à partir de l’âge de 20 ans, soit l’année 1823. C’est la date à partir de laquelle je vais feuilleter le registre de mariage pour trouver le document.

Acte de mariage

Acte de Mariage en flamand de Pierre Mathieu Vandr Oost et Marie thérese Gevaert

Acte de Mariage en flamand de Pierre Mathieu Vandr Oost et Marie thérese Gevaert

L’acte est trouvé page 454 du registre, en novembre 1827. Il est écrit en en flamand. Voici les nouvelles indications que ce document contient :

  • Date du mariage : 28 novembre 1827.
  • Maire : Joannes Franciscus De Graye.
  • Marié : Pierre Mathieu Vander Oost, journalier, domicilié à Bevere,
  • Père du marié : Pierre Jean Vander Oost décédé à Bevere le 21 décembre 1813
  • Mère du marié : Petronelle jacqueminne Seyns, décédée à Bevere le 28 août 1824
  • Mariée : Marie Thérèse Gevaert, 27 ans, fileuse, né le 22 mars 1800 à Bevere et domiciliée dans cette ville
  • Père de la mariée : Pierre Louis Gevaert, décédé a Bevere le 15 décembre 1813
  • Mère de la mariée : Marie Sabine De Witter âgée de 50 ans, domiciliée à Bevere
  • Témoins : Ludovic Van Wynsberghe, Ludovic Gevaert, Louis Velghe et Jacob Gevaert

Actes de décès de Pierre Mathieu et Marie Thérèse
Les dates des deux décès étant notées sur l’acte de mariage* du fils, Théophile, les actes seront faciles à retrouver. Les deux documents sont en flamand. Voici les principales données qu’ils contiennent :

  • Pierre Mathieu décède le 8 avril 1862
  • Il est âgé de 59 ans et agriculteur
  • Adresse : 262, domaine Huttegem à Bevere
  • Témoins 1 : Jean Baptiste Santens, journalier, 56 ans, né et domicilié à Bevere
  • Témoins 2 : Angelus Spellers, 44 ans, scieur, né et domicilié à Bevere
  • Marie Thérèse Gevaert est décédée le 20 janvier 1864
  • Elle est âgée de 63 ans
  • Adresse : également 262, domaine Huttegem à Bevere
  • Témoin 1 : Judocus Venskoud, 46 ans, aubergiste domicilié à Bevere
  • Témoin 2 : Ferdinand Herrebaut, 38 ans, domicilié à Bevere

*Le mariage a eu lieu à Lille le 9 octobre 1875 à Lille. (voir ici)

Pierre Jean Vander Oost
(Marié à Pétronelle Jacqueminne Syens)

Pour trouver des informations sur Pierre Jean, le plus simple est de trouver son mariage. Le fils Pierre Mathieu étant né en 1803, le mariage a donc eu lieu avant. Je pars de cette année pour effectuer une recherche dans le registre page par page.

Acte de mariage
Le résultat arrive très rapidement. La cérémonie a eu lieu en 1801 et plus précisément le 30 vendémiaire an X. Par chance, l’acte est en français, voici son contenu :

  • Le mariage a eu lieu le 30 octobre 1801.
  • Pierre Jean était âgé de 68* ans, jardinier et né à Bevere le 4 juillet 1733
  • Il était veuf de Marie Catherine Aisch
  • Fils de Joseph Vander Oost, décédé et de Madeleine De Buere également décédée
  • S’est marié avec Pétronelle Jacqueminne Seyns, âgée de 37 ans, née à Bevere le 5 janvier 1764,
  • Fille de Pierre Seyns, décédé et Joséphine Boonaert, jardinière et demeurant à Bevere.
  • Témoins 1 : Joseph Seyns, 40 ans, demeurant à Bevere, frère de l’épouse, ne sait pas écrire
  • Témoins 2 : Anne Petronelle Seyns, 34 ans, demeurant à Bevere, sœur de l’épouse, ne sait pas écrire
  • Témoins 3 : François Seyns, jardinier, 38 ans, demeurant à Bevere, frère de l’épouse, ne sait pas écrire
  • Témoins 4 : Marie Thérese De Cock, 21 ans, jardinière, demeurant à Bevere,

*On notera la grande différence d’âge entre les mariés : 31 ans

Acte de naissance
Nous arrivons maintenant dans la période où l’église avait en charge l’état civil. Ces actes étaient souvent dépourvus d’information et celui de Pierre Jean, rédigé en latin, ne comporte qu’une cinquantaine de mots. J’apprends donc peu de choses.

Acte de naissance en latin de Pierre Jean Vander Oost

Acte de naissance en latin de Pierre Jean Vander Oost

  • La date du baptême qui est reprise comme date de naissance (4 juillet 1733). En réalité, « Natum heri vesperi » signifiant « né hier soir », Pierre Jean est né le 3 juillet.
  • La confirmation du nom de ses parents
  • Le nom de sa marraine : Maria Vander Oost
  • Le nom de son parrain : Stéphane Debaere.

Joseph Vander Oost
(Marié à Madeleine De Buere)

Continuant toujours avec la même méthode, je recherche le mariage de Joseph et Madeleine en partant de 1733, année de naissance de leur fils. Quelques pages plus loin, la chance me sourit encore. Je trouve l’acte le 12 mai 1731.

Acte de naissance en latin de Joseph Vander Oost

Acte de naissance en latin de Joseph Vander Oost

C’est un acte en latin d’environ 30 mots. Hormis la date, le document ne nous apprend rien. Je peux juste estimer la naissance de Joseph Vander Oost au début du 18ème siècle.

Ma dernière chance pour avancer dans la recherche des Vander Oost est de trouver l’acte de décès de Joseph qui doit se situer après l’an 1733. Heureusement, à Bevere, il existe des tables récapitulatives, sous forme d’index. Pour les décès, c’est un registre classé par ordre alphabétique. La réponse est donc très rapide. Il n’y a qu’un seul Vander Oost : Pierre Joseph. Est-ce la bonne personne ? L’acte de décès me dira que non, il s’agit d’un bébé de 8 jours.

Les recherches sur Bevere s’arrêtent là. Les Vander Oost viennent d’un autre village.

La suite des recherches va devenir longue et compliquée. Comment trouver le village en question ? La question est pour le moment sans réponse.

Les recherches sur les Vander Oost m’ont donc amené en Belgique au début du 18 siècle.

Jean Claude

Copyright - Mars 2016 -
Reproduction des textes et des photos interdites sans l'autorisation de l'auteur

Sources : Archives nationales de Belgique : http://search.arch.be/

Service de notification par émail :
inscrivez-vous pour être prévenu par émail de la parution d'un nouvel article


Méthodes et conseils : Recherches généalogiques en Belgique

Première étape

La première étape d’une recherche en Belgique consiste à trouver le site d’archive en ligne de la ville. En ce qui me concerne, mes recherches portent sur la ville de Bevere qui fait partie de la commune d’Audenarde (Flandre-Orientale).

C’est le site des archives nationales qui regroupe l’ensemble des registres. Il se situe à l’adresse suivante:  http://search.arch.be/

Deux points sont importants pour utiliser ce site :

  1. Il faut créer un compte pour accéder aux registres. Dans le cas contraire on n’accède qu’au descriptif des documents.
  2. Il faut cliquer sur un des deux liens situés dans le bas de la page d’accueil, « aperçu des registres d’état civil » ou « aperçu des registres paroissiaux ».

La page s’ouvre ensuite sur la liste de toutes les provinces belges. Il suffit de les sélectionner pour accéder aux différentes villes. Ensuite, le site propose plusieurs liens pour sélectionner le type d’acte :

  • geboorteakten pour les actes de naissance
  • huwelijksakten pour les actes de mariages
  • overlijdensakten pour les actes de décès
Site d'archive de la Belgique -

Site d’archive de la Belgique –

Beaucoup de ces registres sont en flamand. Certains sont en français y compris en Flandre et notamment pour les actes écrits pendant les années républicaines (an V à an XIV), les neufs départements belges ayant été annexés à la France en 1795.

Les points positifs de ces registres sont :

  1. Une écriture lisible.
  2. Les noms et prénoms en marge de l’acte.
  3. Une numérotation fiable qui permet par un petit calcul de trouver immédiatement le début de l’année.

Coté négatif, on trouvera :

  1. Un serveur pas très rapide. Parfois les pages sont longues à s’afficher.
  2. Une organisation des types d’acte peu ou pas respectée. Par exemple pour les registres d’état civil de Bevere, tous les liens arrivent sur un seul et même registre.
  3. Dans un registre, pour retrouver facilement les années et les types d’acte, il est préférable de noter sur son carnet de travail la pagination pour chaque début d’année. Heureusement, la numérotation étant fiable, ce travail est très rapide si vous partez de la fin de registre.

Pour changer de période, vous devez refermez le registre en cours puis cliquer sur le lien qui commence par « Inventaris… » . Il se situe au dessus de la principale fenêtre. Dans le cas contraire, vous retournerez à la page d’accueil.

Plus on va avancer dans le temps plus la compréhension des textes en flamand va devenir difficile. Si les documents permettent de remonter jusqu’au 17ème siècle, il est peu probable que l’on puisse les exploiter, sauf à demander une aide extérieure.

Acte d'état civil en flamand

Acte d’état civil en flamand

Seconde étape

Si vous parlez pas le flamand il est indispensable de se constituer un mini dictionnaire pour avancer dans la recherche  Les actes étant tous écrits de manière identique, avec les mêmes mots, un dictionnaire avec la traduction de chacun d’eux ne sera pas très important: 100 ou 200 mots.

Pour vous aider, vous trouverez ci-dessous un tableau avec la traduction des principaux mots que l’on trouve dans les actes en Flamand.

– Etat civil en flamand –

Traduction des principaux mots flamands

(Téléchargez le tableau : Format Excel Format Pdf)

Mots flamandsTraduction FrancaiseMots flamandsTraduction Francaise
alhiericieen-teun - première
ambtenaar fonctionnairetwee-dedeux - deuxième
arrondissement arrondissementdrie-detrois - troisième
burgemeester mairevier-dequatre - quatrième
dochterfillevijf-decinq - cinquième
geboren naitrezes-desix - sixième
gemmeentecommunezeven-desept - septième
geslacht sexeacht-dehuit - huitième
heden aujourd'huinegen-deneuf - neuvième
huismaisontien-dedix - dixième
jaar année
landbruwer agriculteurelfonze - onzième
mannelik masculintwaalfdouze - douzième
morgens matindertientreize - treizième
namiddad après midiveertienquatorze - quatorzième
natchnuitvijftienquinze - quinzième
oort orientalzestienseize - seizième
oud agézeventiendix-sept - dix-septième
overledendécédéachttiendix-huit -dix-huitième
provincie provincenegentiendix-neuf - dix-neuvième
slachter boucher
vader pèretwintig-tevingt - vingtième
voorlezinglecturedertigtrente
voornaamprénomveertigQuarante
wijlendéfuntvijftigCinquante
woonachtigdomiciliézestigSoixante
zeventigSoixante dix
tachtigQuatre vingt
negentigQuatre vingt dix
JanuariJanvier
FebruariFévrierhonderdcent
MaartMarsduizendmille
AprilAvrilmiljoenmillion
MeiMai
JuniJuinMaandagLundi
JuliJuilletDinsdagMardi
AugustusAoûtWoensdagMercredi
SeptemberSeptembreDonderdagJeudi
OktoberOctobreVrijdagVendredi
NovemberNovembreZaterdagSamedi
DecemberDécembreZondagDimanche

Pour la suite, un dictionnaire Néerlandais / Français sera absolument nécessaire. Il vous permettra compléter ce tableau avec les nouveaux termes que vous trouverez et dont l’orthographe est incertaine.

Jean-Claude

Copyright : Mars 2016 – 
reproduction interdite des textes et photos sans autorisation de l'auteur.

Les sources :
- Site des Archives Nationales de la Belgique : http://search.arch.be/

Service de notification par émail :
inscrivez-vous pour être prévenu par émail de la parution d'un nouvel article


Les Delesalle durant l’histoire – 1ère Partie : le 18ème siècle

Lisle en Flandre telle qu'elle est fortifiée 1667 - Réalisé par Baulieu

Lisle en Flandre telle qu’elle est fortifiée 1667 – Réalisé par Baulieu

Tout commence en 1694 car c’est à cette date que nous trouvons notre premier ancêtre. Il habite Fives, un petit village tout proche de Lille. Contrairement à beaucoup de familles qui se déplacèrent à travers les régions françaises, les Delesalle sont toujours restés au même endroit.

Le nom de Delesalle est très ancien et très répandu dans la région. Il signifie le nom d’une personne originaire d’un lieu  qui s’appelle « la Salle ». Ce nom désigne une demeure fortifiée et le château de la Salle, première demeure des Comtes de Flandre, en est un exemple.

Le contexte historique

Lille était l’une des capitales de la Flandre qui s’étendait de la mer du Nord à Saint-Omer, Douai, Valenciennes, Bruxelles et Anvers. La Flandre a toujours été l’objet de convoitise de la part des diverses puissances. La richesse de son sol, son industrie, son goût pour les beaux-arts, rendait sa possession très avantageuse pour qui pouvait l’annexer à son royaume. Les rois de France, les comtes de Flandre, les ducs de Bourgogne, Charles-Quint, l’Autriche, l’Espagne en furent tour à tour les possesseurs soit par mariages soit par conquêtes.

Lille prise par Louis XIV en 1667

Le retour de Lille à la France se fit sous Louis XIV par le biais de son mariage avec l’infante Marie-Thérèse d’Espagne (1660) qui devait lui apporter en dot 500 000 écus d’or. A la mort du roi d’Espagne, n’ayant rien reçu Louis XIV réclama les provinces dont sa femme était héritière. Il rassembla une armée de 50 000 hommes  et partit faire la conquête de la Flandre. Le 9 août 1667, la ville de Lille se rendit. Depuis elle est restée française, sauf durant l’occupation hollandaise de 1708 à 1713.

Les premiers ancêtres

C’est dans ce contexte que l’on trouve les premières informations sur nos ancêtres Delesalle :

Jean-François DELESALLE est né vers 1693 à Fives. Il se maria en 1720 avec Marie-Jeanne MAHIEU, elle aussi née à Fives. Ils vivront dans ce village, où naîtra Jean Baptiste. Ils auront 2 enfants et peut-être beaucoup plus, l’absence de registre empêchant les investigations. Jean-François décédera à l’âge de 61 ans le 5 février 1754  A cette date Marie-Jeanne était déjà décédée.

Au milieu du 18ème siècle, Fives comptait environ 700 habitants. Le village était composé d’habitations bâties autour du prieuré ainsi que de plusieurs hameaux et deux faubourgs. La plaine de Fives est une terre fertile qui est limitrophe avec Lille. Elle remonte en pente douce jusqu’au pays de Barœul. Le territoire est donc exclusivement rural.

Leur fils Jean-Baptiste DELESALLE est né en 1729. Il se maria le 9 août 1763 avec Marie-Barbe Joseph ROTRU, native aussi de Fives. Le mariage a eu lieu à la paroisse de St Sauveur à Lille. Les parents des deux mariés étaient déjà tous décédés et les deux jeunes gens avaient quittés le domicile familial pour s’installer à Lille, ville fortifiée. Après leur mariage, ils resteront quelques temps dans ce quartier. Jean-Louis y naîtra le 13 juillet 1770. Plus tard, ils retourneront s’installer à Fives. Marie-Barbe décédera à 64 ans le 3 août 1795 à Fives et Jean-Baptiste à 72 ans, le 29 mars 1801.

Jean Baptiste et Jean François étaient maçons et devaient travailler principalement sur Lille, voire sur la construction des remparts. Au fil des siècles, cette enceinte aura été modifiée et agrandie de nombreuses fois depuis son origine en 1036.

Siège de la ville de LIlle en septembre 1792 par les Autrichiens

Siège de la ville de Lille

Lille était convoitée et très souvent assiégée. En septembre 1792, ce fût les Pays-Bas autrichiens qui bombardèrent la ville. La France leur avait déclaré la guerre quelques mois plus tôt. Mais à la suite de plusieurs victoires sur l’armée Française, les Autrichiens essayèrent de prendre Lille. Durant 8 jours, positionnés principalement dans le secteur de Fives, ils envoyèrent bombes et boulets sur le quartier St Sauveur. Le feu se déclara sur plus de 600 maisons. Mais Faute de munition, leur commandant Albert de Saxe, leva le Siège le 8 octobre, laissant derrière lui une région dévastée.

Siège de la ville de LIlle en 1792 par les Autrichiens

Siège de la ville de Lille en 1792 par les Autrichiens

Quelques mois plus tôt, le 17 avril 1792, le fils de Jean-Baptiste, Jean-Louis, s’était marié avec Marie-Catherine SAMIER. Le mariage eu lieu à la paroisse Saint-Maurice. Ils avaient respectivement 21 et 19 ans. 
Lui sera menuisier et i
ls vivront à Fives et auront 6 enfants, 4 filles et 2 garçons. Marie-Catherine décédera à 56 ans à Fives en 1830, Jean-Louis à 85 ans le 7 sept. 1855.

La vie à Lille à la fin de ce 18ème siècle ?

Voici le récit de Paul François Barbault Royer qui visita Lille en Mars 1799.

En arrivant à Lille par la route de Douai, la première chose qui nous frappe est le nombre très important de moulins à colsat. Avant de rentrer dans la ville, nous devons franchir un très large fossé. Nous empruntons plusieurs ponts. Ces fossés peuvent être remplis d’eau à tout moment grâce à des écluses qui retiennent l’eau de la Deûle. On ne voit que des murailles fortifiées.

Carte de Lille éditée en 1729 par Van Der Aa et Pieter Boudewyn, graveur et éditeur d'estampes. Fait partie de "La galerie agréeable du monde", document en plusieurs volumes - Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie.

Partie d’une carte de Lille éditée en 1729 par Van Der Aa et Pieter Boudewyn, graveur et éditeur d’estampes. – Bibliothèque nationale de France. Voir le fichier source en HD sur la BNF : ici

Une fois passés l’enceinte, nous arrivons sur un pont de pierre de 12 arches qui se termine sur une très belle porte : La porte des Malades. (Aujourd’hui détruite et remplacée par la porte de Paris). La première rue qui s’offre à nous est la rue des malades (rue de Paris) qui nous amène jusqu’à la Grand Place.
Cette rue est longue, bien pavée et très propre. Du monde dans les rues et beaucoup de boutiques illuminées nous laisse imaginer un commerce florissant. Les maisons qui bordent la rue sont toutes construites sur le même plan, avec une architecture épaisse surchargée de festons. Elles sont habitées par les commerçants.
En réalité, tout cela cache une grande misère de la classe ouvrière. Sur la grand-place, les maisons, qui sont toutes à 2 ou 3 étages, ont des caves converties en logement. Ces caves ferment avec des portes à large battant qui sont toujours ouvertes ; on y voit tout ce qui se passe à l’intérieur. Ces familles ne vivent que grâce au travail de la dentelle. Le bois de chauffage est très cher, les Autrichiens ayant tout brûlé sur leur passage. Il faut le faire venir de très loin par canaux. On se chauffe plutôt avec du charbon ou de la houille.

La promenade sur les remparts est très agréable mais il n’y a jamais personne, probablement à cause du souvenir des diverses guerres que ces remparts véhiculent. Les Lillois préfèrent le quartier de Notre Dame avec ses nombreux jardins, auberges et guinguettes.

La vie est abondante et les marchés sont bien fournis. Les raies et soles viennent de Dunkerque ou de Blakenberg en Belgique. Les huîtres viennent de Calais ou Ostende. Les lillois boivent du vin car les bières ne sont pas très bonnes. Celle de Lille est d’un brun foncé et ne mousse pas. Le pain, dit de méteil, est composé de seigle et de froment. Il n’a pas très bel aspect mais a bon goût. On le sert sur les tables les plus riches. Le pain de France est plus blanc. On le sert en fin de repas pour faire des tartines beurrées, un usage universel que l’on retrouve dans toutes les classes sociales.

A l’extérieur des remparts, la terre est très grasse et fertile. On cultive beaucoup de colsat, une espèce de chou dont la graine fournit de l’huile. Cette culture alimente beaucoup de moulins locaux. On cultive aussi du lin, du blé et du tabac.

La ville compte entre 60 à 80 000 habitants, la plupart employés dans le commerce. Mais durant ce 18ème siècle, l’activité de Lille a beaucoup a beaucoup changé :

  • Le commerce avec les autres territoires de la Flandre était autrefois florissante, mais durant ce 18ème siècle,  Anvers a supplanté Lille en matière de commerce.
  • Coté industrie, Il se fabriquait autrefois plus de 300 000 pièces de textile. Beaucoup de manufactures sont partis vers Bruges et Gand, conséquence des impôts, du niveau de vie et des guerres.
  • Toutes les administrations importantes ont été déplacées vers Douai.
  • Enfin ces activités ont été compensées par un nombre très important de limonadiers, traiteurs et cabaretiers car il restait à Lille plusieurs milliers de soldats.

Tous ces changements ont eu pour conséquence un « dérèglement » des mœurs de la jeunesse. Fêtes et bals masqués étaient organisés. Les courtisanes fourmillaient. Avec la misère et la corruption, des femmes publiques envahissaient les quartiers au coucher du soleil.  A cette période, il naissait parfois plus de 300 enfants dans le mois. La majeure partie était illégitime.

A la suite de ces soirées, beaucoup de bonnes familles se sont trouvées déshonorées. Jean-Baptiste et Marie-Catherine n’ont pas échappé à la règle. Leur fille Marie-Louise, arrière grand-mère de Gustave (Gustave est le grand-père de Jean) donna naissance Louis-Joseph dont le père fut déclaré inconnu. Elle n’avait que 18 ans.

Jean-Claude

Copyright : décembre 2015 – reproduction des textes et photos interdites sans autorisation

Sources Bibliothèque nationale de France :
- Plans anciens et modernes de la ville de Lille par L. Quarré-Reybourbon 1901.
- Guide des étrangers à Lille, ou description de la ville et de ses environs 1772.
- Histoire de Lille depuis son origine jusqu'en 1830, par M. Lucien de Rosny 1838.
- Voyage dans les départements du Nord, de la Lys, de l'Escaut, Paul François Barbault Royer 1798 - 1799
- Petites histoires des pays de Flandre et d'Artois  Romain-Hippolyte Duthilloeul 1835
- "La galerie agréable du monde", document en plusieurs volumes - éditée en 1729 par Van Der Aa et Pieter Boudewyn, graveur et éditeur d'estampes