Lignée Bonnet : les Ouizille, une famille de Vigneron à Breuillet

La famille Ouizille a fait partie de nos ancêtres durant 5 générations de 1630 à 1830. Elle vécu à Breuillet, un village d’Essonne situé à 35 km au sud de Paris, puis à Frotey-Les-Lure dans la Haute Saône, village distant de plus de 400 km.

Au XVIIIe siècle, Breuillet s’appelait Brouillet et comptait environ 700 habitants. C’était alors un très grand vignoble. Lorsqu’on parcourt les registres d’état civil de cette période, on trouve le métier de vigneron dans presque tous les actes. La vigne occupait la grande majorité de la population. D’ailleurs, aujourd’hui, une grappe de raisin orne le blason du village.

Louis Ouizille et Marie Mercelot sont les plus anciens ancêtres de cette lignée. Ils sont cités dans un premier document en date du 23 novembre 1682, période du roi Louis XIV. Il s’agit du mariage de leur fils, Jean Oisil et Elisabeth Pigeaut. Élément rare, le document est parfaitement conservé et très bien rédigé pour l’époque.

Transcription litterale de l'acte de Mariage Le vingt troisième jour de novembre 1682 furent mariées par devant moy Curé Pansart après xxx en fiancailles xxxxx dans ce lieu sans qu'il ce soit trouvé aucunne opposition, Jean Oisil fils de Louis Oisil et de défunte Marie Maerlotte et Elisabeth Pigeaut Fille de Lubin Pigeaut et défunte Louise Gredet. Je leur ay donné la benediction nuptiale en présence de leurs parents et amis. Le dit Oisil assisté de son père, de ses frères xxxx et Gilles Oisil et Miegel Pondgoni, son beau frère, de xxxx Palé son ami, et xxxxx Leduc, ses cousins xxx et germain, et gille Gendruille son parrain et pierre Hubert ami. Ladite Elisabeth Pigeaut assitée de son père, de denis Roger son oncle, Louis Mauneux son cousin germain, de Jean Masson son cousin,, de Jean Fauvau et xxxx famille xxxx lesquelles ont signé avec moy le xxxx xxxx

Transcription litterale de l’acte de Mariage
Le vingt troisième jour de novembre 1682 furent mariées par devant moy Curé Pansart après xxx en fiancailles xxxxx dans ce lieu sans qu’il ce soit trouvé aucunne opposition, Jean Oisil fils de Louis Oisil et de défunte Marie Maerlotte et Elisabeth Pigeaut Fille de Lubin Pigeaut et défunte Louise Gredet. Je leur ay donné la benediction nuptiale en présence de leurs parents et amis. Le dit Oisil assisté de son père, de ses frères xxxx et Gilles Oisil et Miegel Pondgoni, son beau frère, de xxxx Palé son ami, et xxxxx Leduc, ses cousins xxx et germain, et gille Gendruille son parrain et pierre Hubert ami. Ladite Elisabeth Pigeaut assitée de son père, de denis Roger son oncle, Louis Mauneux son cousin germain, de Jean Masson son cousin,, de Jean Fauvau et xxxx famille xxxx lesquelles ont signé avec moy le xxxx xxxx

Malheureusement aucune paroisse n’est citée. La solution a donc été de parcourir les pages des registres. Seule certitude, aucun Ouizille n’apparaît à Breuillet avant 1682. Les parents Louis et Marie n’étaient donc pas de ce village et n’y ont pas vécu. J’estime leur naissance vers les années 1630, probablement dans un village voisin.

C’est donc Jean qui est venu se marier à Breuillet, d’où Elisabeth était native. Il sera vigneron comme la plupart des habitants du village. Je trouve dans les registres trois enfants, Guillaume, Gilles et Jean, mais ils en auront probablement plus. Jean décédera à 64 ans le 14 septembre 1723.

Son Fils Guillaume est l’ancêtre suivant. il est né le 12 juillet 1702. Ses deux premières femmes, Simone Audenard et Jeanne Hubert, décéderont. Il se maria avec Catherine Poisson le 3 juillet 1747. Elle était native de Saint Sulpice de Favières, un village voisin. Ensemble ils auront Nicolas qui assurera la descendance vers les Bonnet.

Le grand Voyage

Nicolas est né à Breuillet le 3 août 1751. Il se maria le 12 septembre 1778 avec Marie-Claude Grondard qui était native de Bruyère le Châtel. Ensemble ils eurent 4 enfants, Marie-Claude, Guillaume, Marie Geneviève et Jean Baptiste. Jean-Louis ne vécu qu’un an.

Entre 1785 et 1789, Nicolas et Marie-Claude décidèrent de partir de Breuillet. Ils ont probablement emmené leurs enfants qui étaient âgés respectivement de 6, 5, 3 et 1 an.

On les retrouvera 4 ans plus tard à Frotey-les-Lure, village de la Haute Saône à plus de 400 km, ce qui pose une question : comment pouvait faire une famille pour effectuer un si grand périple au 18ème siècle.

Les voyages à la fin du XVIIIeme siècle

A cette époque,  il n’était pas rare qu’on se décide à entreprendre un long voyage pour aller chercher meilleure fortune ailleurs. Le transport des voyageurs, comme des marchandises  ne se faisait qu’avec des chevaux, la batellerie ne représentant qu’une très faible partie des transports. Celui des voyageurs était un privilège royal. L’état le sous-traitait à 8 fermiers particuliers et personne d’autre n’était autorisé à transporter des personnes. Le roulage ou transport de marchandises était libre et souvent pratiqué par les paysans comme complément de revenu.

Il existait très peu de cartes sur les chemins ou les routes de France. Les postes en ont créées à partir de 1771. Elles fournissaient une description détaillée de l’ensemble des voies de communication et seront très utilisées par le public. Pour Frotey-les-Lure, La route passait par Dijon (voir carte ci-dessous).

Carte à la fin du XVIIIe siècle

Carte à la fin du XVIIIe siècle

Pour voyager on pouvait choisir plusieurs sortes de voitures à des prix très différents. Le fourgon, la voiture du pauvre, lourde et inconfortable, conçue plutôt pour le roulage, coûtait 6 sous par lieue. La diligence ordinaire à 8 places tirée par 6 chevaux l’été et 8 l’hiver, plus rapide, coûtait 13 sous par lieue. Il y avait d’autres voitures encore plus chères et plus rapides.

Le salaire d’un journalier à ce moment là était de 6 à 8 sous par jour. Frotey-les-Lure étant distant d’une centaine de lieues, ce voyage a du coûter à la famille plus d’une année de salaire.

Toutes ces voitures voyageaient à jours fixes et suivaient un trajet invariable, en général les routes des postes. La rareté des départs était un inconvénient : 4 à 5 par semaine pour les grandes villes comme Lyon et 1 ou 2 pour les autres villes. La vitesse moyenne des voitures publiques ne semble pas avoir dépassé 3 ou 4 km/h à la fin du siècle.

Voyager en France au temps des chevaux est loin d’être une sinécure. Les routes devenaient plus impraticables au fur et mesure que l’on s’éloignait de Paris. Elles n’étaient pas suffisamment larges pour permettre le croisement de deux voitures. L’une ou l’autre devait quitter le pavé pour laisser le passage libre à l’autre. Il en résultait de continuels accidents. L’entretien des routes était une corvée pour les populations à qui l’intendant imposait un certain nombre de journées de travail.

On ne voyageait jamais de nuit par crainte des accidents ou mauvaises rencontres.

Le voyage de la famille a duré un ou deux ans, s’arrêtant probablement longtemps dans des villages étapes.

En effet, on trouve en septembre 1789, à Frotey-les-Lure, un acte de décès d’une petite fille, Marie-Jacqueline Ouizille, âgée d’environ 3 ans. Il n’y a aucun acte de naissance de ce nom à Breuillet. Marie Jacqueline est donc née dans une de ces villes étapes.

Ensuite, les choses ne vont pas bien se passer. 3 ans plus tard, Marie-Claude aura un accouchement très difficile, l’enfant sera mort-né. L’acte de décès de l’enfant parle d’un “accouchement laborieux”. Marie-Claude décédera 4 jours plus tard. en 1792, Nicolas a 41 ans et ses 4 enfants 13, 12, 10 et 7 ans. Lui se remariera un peu plus tard.

Marie-Claude, l’aînée des enfants retournera chez sa tante Marie-Anne Grognard qui vit à Saclay. Elle épousera ensuite Jean-Pierre Bonnet, Maçon, originaire de Rochefort en Yvelines, le père de l’arrière-grand-père de ma mère.

Nicolas a-t-il fait fortune à Frotey-les-lure? Peut-être, L’acte de consentement pour le mariage de sa fille, passé devant notaire précise qu’il est propriétaire.

Jean Claude

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Sources :
Nicolas Verdier : Penser le réseau au XVIIIe siècle et au début du XIXe sièclePatrick Marchand : Le Maître de poste et le messager, les transports publics en France au temps des chevaux
Letaconnoux : Le transport en France au XVIIIe siècle