La ferme de la Briche – famille Beurois

Je reviens sur une période de la vie de la famille Beurois. Au 19ème siècle celle-ci a vécu dans plusieurs fermes. Vu le nombre de domestiques qui vivaient sous le même toit, on pouvait croire que Louise et Victor étaient de riches propriétaires. (voir l’article sur les Beurois)

La situation était bien différente. Toutes ces fermes faisaient partie d’un grand complexe, la Ferme de la Briche. Une exploitations qui a été conçue par Jean-François Cail, riche industriel. Elle était composée d’une ferme centrale et de 8 fermes satellites disséminées sur toute l’exploitation dont la surface avoisinait  presque 20 000 ha. C’est que Victor Beurois et sa famille vécurent avec des domestiques. Mais en réalité, tous étaient employés de Mr Cail.
Dessin de la ferme de la Briche

Dessin de la ferme de la Briche en 1867

Cette ferme était considérée comme la plus grande ferme de France, utilisant des moyens d’avant garde dont le concept était issue de l’industrie. Elle fut présentée à l’exposition universelle de Paris en 1867. De ce fait, il y a eu beaucoup d’écrits sur le sujet et on trouve bon nombre d’écrits.

La région

La ferme de la Briche révolutionna l’agriculture mais aussi l’existence des paysans de la région. Celle-ci n’est pas la belle Touraine mais une terre inculte. Deux articles de l’époque nous aident à mieux comprendre la vie à cet endroit.

Le premier est écrit en 1874 par M. Dubost  et parait sur la revue de la Société d’agriculture, de sciences, d’arts et de belles-lettres  En voici quelques passages :
—- La ferme de la Briche est une création de M, Cail le grand industriel, dans l’une des plus pauvres régions qui  soient en France. —– On y arrive sans trop de peine par la station de Langeais —- Aucun progrès agricole ne se manifestait sur ce plateau —– On y voit quelques plantations de pins maritimes ou de sapins ; mais les landes de bruyères ou  d’ajoncs occupent  encore la moitié du territoire :  le reste est soumis à une culture sans engrais et presque sans bétail —- La seule denrée d’exportation est la viande  de porc : c’est  avec ce produit que le prix de fermage se paye. Dans ce milieu arriéré M. Cail a fondé, dès 1837, le plus grand établissement de culture industrielle que nous ayons en  France.

Le second est un article de Ludovic, journaliste au journal “la sciences pittoresque”. Il nous offre un autre regard sur la région. Extrait du N° 26 du 28 octobre 1894 :
—- La route, en-quittant le bourg de Langeais, cesse bientôt de traverser un pays fertile pour s’avancer au milieu d’une forêt rabougrie entremêlée de sapins, qui deviennent plus nombreux et plus rabougris encore, plus on avance. L’aspect du sol est triste et souvent complètement privé de toute végétation; la surface prend la couleur d’un terrain sur lequel on aurait brûlé des broussailles et où seraient restées des cendres. Enfin, plus on s’approche de l’emplacement-des cultures de La Briche, et plus pays et paysans prennent un air triste et misérable. Il n’y a pas un grand nombre d’années encore, la presque totalité du terrain occupé par ces cultures n’offrait qu’une vaste surface plus que marécageuse —-u
 
La construction de la ferme de la Briche est donc pour les habitants une réelle chance de vivre un peu mieux.

L’infrastructure de la ferme de la Briche

Jean François Cail débuta les travaux en 1857 et mis des moyens considérables à la création de cette exploitation. Il souhaitait créer un modèle de ferme pour promouvoir la vente de ses équipements industriels.
Une étable de la fermes de la Briche

Les étables de la fermes de la Briche

D’une surface de 2 000 Ha, le domaine est divisé en 8 fermes distinctes qui servent essentiellement de logement. Il est équipé de  très grandes infrastructures :

  1. 10 km de routes macadamisées
  2. 2 km  de chemin de fer (ou plus selon certaines sources)
  3. 10 Km de canaux d’assainissements
  4. Une bergerie pour 4000 moutons,
  5. Trois étables pour 600 bœufs,
  6. Une grange d’un demi hectare,
  7. Une distillerie
  8. Des ateliers de toutes sortes
  9. L’eau et la lumière distribuées partout
  10. Des appareils de labourage à vapeur

La vie de Victor Beurois et de Louise Verneau

La ferme de la Briche employait plus de 300 personnes. Sa principale activité tournait autour de la culture de la betterave qui  lui permettait la fabrication et la vente d’alcool. Les pulpes de betterave issues de la distillerie générait une seconde activité en nourrissant un bétail d’élevage : environ 250 Bœufs et 3000 moutons. Ces deux activités constituaient les 3/4 du revenu de la ferme, le dernier 1/4 provenant essentiellement de la culture des céréales. Les diverses fermes du domaine étaient destinées à l’hébergement des familles et domestiques ainsi que des bœufs de labour.

En 1881,  Louise et Victor était à la Parmencelle, une de ces fermes satellites. Toutes les fermes étaient de construction identique : Des bâtiments contruits  en”U”, orientés vers le sud. La Parmencelle était placée au centre de 183 ha de terre à cultiver pour le compte de La Briche. 16 personnes vivaient là : le couple, leurs 7 enfants et 7 domestiques âgés de 16 à 22 ans. Caroline, mon arrière grand mère ne naitra que 4 années plus tard en 1885.
 
Louise et Victor  étaient  tous deux cultivateurs. Aidés de leurs enfants et de leurs 7 domestiques , ils avaient en charge diverses cultures :
  • Environ 50 ha de betterave
  • Environ 50 ha de blé
  • Environ 20 ha de seigle
  • Le reste des terres étant des prairies
Transport des récoltes vers la ferme centrale

Transport des récoltes vers la ferme centrale

La Ferme de la Briche fournissait les bœufs de labour. Il y en avait plus de 200 pour le domaine et Victor et Louise devaient en avoir une vingtaine. Mais Jean-François Cail fournissait aussi des engins à vapeur pour labourer. Le domaine devenait alors un immense “show-room”. La Parmencelle ne stockait aucune récolte ni engrais ou autres produits Tout était centralisé par la ferme de la Briche qui se chargeait de leur transformation et de leur vente. Les récoltes étaient transférées par une ligne de chemin de fer qui reliait La Parmencelle à La Briche. . Chaque année à la fin de la saison, vers fin septembre, tous les boeufs de labour étaient ramenés à la ferme centrale ou ils allaient passés l’hiver. Certains seraient engraissés pour être vendus l’année suivante.

De temps en temps, les Beurois devaient recevoir l’aide des “colons” ; 120 à 130 enfants de 12 à 18  ans qui résidaient à la Briche. Ils venaient de la Colonie Pénitentiaire de Mettray. lls étaient divisés en famille de 24 enfants et conduits par des chefs de famille, sorte de contremaitres. Ils se livraient aux travaux des champs ou tout autres activités de La Briche : Distillerie, Magasin au bois, Jardins, entretiens des chemins ou autres divers travaux. Les soirées d’hiver étaient consacrées à l’enseignement par les chefs de familles de la lecture, de l’écriture ou du calcul.

Un peu avant 1886, la famille Beurois partira vers une autre ferme La Fouverie, une ferme qui n’apparait pas dans les documents de la Briche. Mais le nombre de domestiques présents laisse penser qu’ils travaillaient ici aussi pour la ferme de la Briche. Louise et Victor finiront leur vie ici au service de Mme herbert qui est probablement la fille de Jean-Francois Cail.
Jean-Claude
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Source :
Wikipédia :
- La Ferme de la Briche
BNF-Gallica :
Terre de la Briche - Jean François Cail
- La science Pittoresque N°26 du 28 octobre 1864 (page 306)
- Annales de la Société d'agriculture d'Indre-et-Loire. 1872 page 25
Divers
- La vie de Jean-François Cail - Patrimoine du Poitou Charente

Remerciements à Jean-Michel Guignon, 
lointain cousin de Touraine pour m'avoir mis sur la piste de La Briche.

Guerre 14-18 – L’histoire de Louis Edmond Bonnet, notre arrière Grand Père

Cité par le commandement militaire et Décoré de la
Croix de Guerre  (Etoile avec bronze) – Tué face à l’ennemi en 1917.

 (mise à jour le 13 février 2015)

Louis Edmond est né le 22 Août 1883 à Jouy-en-Josas de Louis Pierre, 37 ans, journalier et Estelle Stéphanie Robill… 38 ans, également journalière.

Le 8 Octobre 1905, Il est incorporé au 151ème régiment d’infanterie comme soldat de 2ème classe. Il sera renvoyé en disponibilité le 18 septembre 1906 avec un certificat de bonne conduite. Il retourne au 10 rue Amélie, Paris 7ème 

Un mois plus tard, le 16 octobre 1906, il se marie (1) avec Caroline Augustine Beur.., domestique, 21 ans, qui réside au 17 rue Duvivier, Paris 7ème , originaire de l’Indre et Loire.

Edmond était cordonnier. Le couple s’installera en juillet 1907  au 9 de la rue du Vivier, Paris 7ème, puis deux ans plus tard, passage Bosquet, dans le même arrondissement. Ensuite ce fut Sèvres, Vélizy puis un retour sur Jouy en Josas, rue de Beuvron en 1911.

 Guerrre 14-18

Source : Agence de presse Meurisse. Agence photographique – BNF

Il est rappelé à l’activité militaire, par le décret de mobilisation générale du 1er Août 1914 et affecté au 28ème  Régiment d’infanterie. Un an plus tard, après une blessure survenue en 1915,  il sera affecté  le 2 octobre 1915, au 403ème régiment d’infanterie (2) et sera nommé Caporal le 23 Juin 1916.

 Croix_de_Guerre_1939_France_AVERS (1)

le 15 avril 1917, l’octroi d’une citation par le commandement militaire pour conduite exceptionnelle lui permet d’être décoré de la Croix de Guerre avec étoile en bronze. Le détail de cette conduite exceptionnelle est précisé dans les documents militaires.

« Excellent Caporal, énergique et courageux.
Sous un fort bombardement, précurseur d’une attaque, a maintenu jusqu’à la fin de l’alerte ses hommes dans un petit poste particulièrement visé par l’artillerie ennemie » 

Quelques jours plus tard, le 21 mai 1917, il est tué à l’ennemi. Les documents précisent :

« A eu son casque traversé alors qu’il levait la tête pour surveiller le terrain dont il avait la garde »

 Son fils, mon grand Père avait alors 12 ans.

(mise à jour le 13 février 2014)
Situation sur le front :
En Avril 1917, les allemands viennent de battre les Russes et déplacent leurs troupes sur le front ouest. C’est maintenant qu’ils doivent lancer leur offensive finale, qu’il doivent gagner la guerre, avant l’arrivée des Américains. Dans une série d’attaques surprises, les Allemands s’infiltrent alors dans les lignes Francaises avec une grande facilité… Les Français doivent tenir coûte que coûte)

(1) A noter ici, qu’au jour du mariage, mon grand père Gaston était déjà né depuis 1 an. Il a été reconnu par Louis Edmond, 3 mois après la naissance puis lors de ce mariage avec Caroline Augustine.

(2) Il existe par ailleurs un livret, rédigé par le commandant, qui raconte l’histoire du 403ème régiment d’infanterie. On notera pour la période correspondant au mois précédent son décès, le passage suivant –  extrait page 14 :

Du 28 avril au 2 ma 1917, le 1er bataillon est détaché dans le sous-secteur ouest de Courcy et passe sous les ordres du colonel commandant le 1er Léger. Il contribue au succès de l’attaque de ce Régiment et, à la descente, il est l’objet d’une lettre de félicitations. (Lettre n° 7465/3, en date du 2 mai 1917,du général commandant le XXXVIII* C. A.). Le bataillon va au repos à Champfleury, le 2 mai. 

Les 10 et 11mai, le Régiment monte occuper le secteur des Cavaliers de Courcy. Il est surtout occupé aux travaux de défense, dans ce secteur où tout est à organiser, et qui est soumis à un violent bombardement. La 10e compagnie subit deux coups de main au cours desquels un sergent et quatre hommes disparaissent.

 

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